samedi 18 mai 2013

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Les 18 panaméennes du prince Henri de Croÿ-Solre


Son procès en appel se tient à Bruxelles depuis le 15 avril. L’an dernier, le prince Henri de Croÿ-Solre a été condamné, au pénal, à trois ans de prison avec sursis pour une fraude fiscale estimée à 75 millions d’euros. Il a par ailleurs fait l’objet de poursuites au civil par l’Etat belge, auquel il doit rembourser 4,4 millions d’euros (solidairement avec deux autres condamnés pour fraude fiscale).

De quoi s’agit-il? D’un des serpents de mer de la lutte antifraude en Belgique: le système dit des sociétés de liquidités (cash companies). Ce montage fiscal visait à diminuer la base imposable d’une société en la vidant fictivement de ses richesses. Les faits remontent à 1995. Le prince est accusé d’avoir organisé un vaste réseau frauduleux en exploitant ce mécanisme de manière quasi industrielle. Pour l’Etat belge, c’est clair: il en est la «tête pensante» et le «bénéficiaire économique». La défense du prince, elle, parle plutôt d’une technique d’ingénierie fiscale permettant d’emprunter légalement la voie la moins imposée.

Ce précepte semble en tout cas inscrit dans l’ADN du prince: les documents panaméens obtenus par Marianne révèlent que Henri de Croÿ-Solre apparaît comme administrateur de pas moins de 18 sociétés offshores créées entre 1978 et 1994, dont 13 sont toujours vivantes, selon le Registre des sociétés. Dans l’une d’elles, Aquacalda Inc., créée en 1987, il apparaît avec son épouse Maria et son frère aîné Emmanuel. Ce dernier l’accompagne d’ailleurs dans 17 des 18 offshores identifiées.
A quoi servent ces coquilles panaméennes? Vraisemblablement aux activités de gestion de fortune des deux frères, Henri ayant été formé au métier de family office par la banque MeesPierson à Hong-Kong, et «aux techniques anglo-saxonnes de défiscalisation» par la filiale londonienne de la… Générale de Banque.
D.L. et Q.N.


Mise à jour:
Dans son arrêt rendu le 21 octobre 2013, la Cour d’appel de Bruxelles a déclaré irrecevables les poursuites à l’égard du prince Henri de Croÿ-Solre et des autres prévenus car les droits de la défense auraient été violés en cours d’instruction (vice de procédure). La Cour d’appel ne s’est donc pas prononcée sur la matérialité des faits reprochés. Cet arrêt, véritable gifle pour l’Etat belge, a fait l’objet d’un recours devant la Cour de cassation, qui, le 30 avril 2014, a cassé le jugement de la Cour d’appel de Bruxelles et ordonné un nouveau procès. Le dossier de Croÿ sera rejugé au fond devant la Cour d’appel de Liège.

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Des feux de l’Ommegang aux charmes discrets du Panama


Descendant de Charles Quint, le prince Bernard de Merode côtoie le milieu du renseignement. Il apparaît comme prête-nom dans 13 offshores panaméennes, visiblement pour de grosses fortunes qu’il gère depuis le Luxembourg.

49 secondes, à peine le temps de poser une question. En vain: «Vous inventez… Vous avez peut-être trouvé mon nom, mais de toute façon je n’ai pas l’intention de parler de ce genre de choses.» Et René Bardiaux de nous raccrocher au nez. Un appel aussi bref qu’éclairant par le malaise qu’il suscite. Dans nos documents, le nom de ce Linkebeekois apparaît pourtant bien en août 1992 comme trésorier d’une offshore au nom saugrenu: The Finest S.A. («Le plus beau S.A.», en français).

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L’héritage perdu de Geert van Istendael?


Auguste Vanistendael, pilier du mouvement syndical chrétien, apparaît comme trésorier d’une mystérieuse offshore toujours vivante: J.A.M.E. International Inc. Amnésique à la fin de sa vie, aurait-il oublié de transmettre ce patrimoine à ses enfants?

Par David Leloup et Quentin Noirfalisse

Marianne Belgique, 11 mai 2013 (PDF)


Aujourd’hui, il serait surtout reconnu par les plus jeunes générations comme un mémorable «père de». C’est qu’Auguste Vanistendael (1917-2003), Ministre d’Etat, figure historique du syndicalisme et poète à ses heures, compte parmi ses quatre enfants un écrivain et essayiste flamand bien connu, auteur du Labyrinthe belge, et qui a choisi pour nom de plume son patronyme dans une version scindée et «anoblie»: Geert van Istendael.

Décédé il y a tout juste dix ans, Vanistendael père a mené une carrière longue et foisonnante au sein des syndicats chrétiens à l’échelle belge, dès les années 1930, puis internationale. On lui reconnaît un rôle dans l’élaboration de notre sécurité sociale, notamment lorsqu’il prit les rênes de la Centrale nationale des employés (CNE) peu avant la fin de la Seconde Guerre mondiale. En 1947, Vanistendael devient secrétaire-général adjoint de la Confédération internationale des syndicats chrétiens, avant d’en prendre la tête cinq ans plus tard. Très vite, il entame une vie aventureuse, aux quatre coins de la planète. En Amérique latine, le syndicaliste cherche à structurer les embryons de mouvements ouvriers catholiques qui fleurissent ça et là.

La vie de famille passe au second plan, entre un aller-retour vers Santiago de Chili ou Caracas, une contribution en tant qu’auditeur laïc au Concile Vatican II et une rencontre avec son ami le chancelier allemand Conrad Adenauer, dont il fut le conseiller. Vanistendael n’en gagne pas moins le respect de son fils Geert, qui rappelle que son père était parfois affectueusement appelé «Don Augusteo». «Il a répandu l’esprit syndical dans le monde entier, à une époque où l’on réfléchissait encore en termes de colonies, déclarait Geert en 2006 à un magazine européen. Il a voyagé avec un message peu habituel, donnant confiance aux gens alors que les Africains étaient considérés comme des demi-sauvages et les latino-américains comme des tire-laine moustachus, façon général Alcazar.»

Quelques années après la mort d’Auguste, Geert est parti en Amérique latine sur les traces de son père. Pour écrire un livre: Discussion avec mon dieu mort. «Il était opposé de façon virulente au communisme, mais aussi aux syndicats de la social-démocratie qui, là-bas, étaient vendus aux Etats-Unis et aux services secrets, nous raconte Geert van Istendael. Il cherchait une troisième voie, radicale mais démocratique, et apporta de l’argent et son expérience à ces petits syndicats chrétiens indépendants.»

Selon l’écrivain flamand, Auguste jouera un rôle actif dans l’élection du président chilien Eduardo Frei, le prédécesseur de Salvador Allende. Frei incarne bien cette troisième voie «radicale»: il s’opposera à la fois au socialiste Allende et au régime militaire de Pinochet, lequel l’empoisonnera en 1982. «Lors de la campagne électorale pour Frei en 1964, explique Geert van Istendael, une partie de l’argent venait des syndicats belges et hollandais, mais aussi des évêques allemands, car mon père avait établi d’excellentes relations avec l’Eglise de la République fédérale allemande.»

Outre Auguste Vanistendael, un autre Belge épaulait Frei dans sa campagne: le jésuite Roger Vekemans, décédé en 2007, et lui-même bon ami d’Auguste. Vekemans aurait pressé l’administration Kennedy pour qu’elle contribue financièrement à l’élection de Frei. La CIA aurait ainsi accordé, selon les sources, de 3 à 5 millions de dollars pour soutenir la campagne de Frei dans un contexte de Guerre froide visant à balayer la candidature «rouge» d’Allende.

Présent sur tous les fronts, Vanistendael sera l’un des premiers à s’engager dans l’aide au développement. Il achèvera son impressionnant parcours à la tête de l’association de bienfaisance Caritas Catholica, avant de prendre sa retraite en 1983. La même année, le très pieux roi Baudouin le nomme Ministre d’Etat.

Puis surgit un étrange «trou noir» dans cette vie si bien documentée. Le 2 octobre 1984, Auguste Vanistendael devient administrateur et trésorier d’une société panaméenne mystérieusement baptisée J.A.M.E. International Inc. A ses côtés au conseil d’administration, un certain Janusz Sleszynski, vice-président et secrétaire, et un notaire salvadorien, Alfonso Alvarez Geoffroy, président du CA, qui détient un «pouvoir général» sur l’offshore. Tous les trois déclarent habiter à Key Colony, confortable complexe d’appartements et d’espaces de loisir dans le village résidentiel de Key Biscayne, sur une île dorée au large de Miami…

Un domicile qui ne cadre guère avec le parcours d’Auguste Vanistendael, ni dans le style ni dans la géographie. Quant à l’offshore, son fils, qui a pourtant enquêté sur son père, compulsé des centaines d’archives et rencontré nombre de ses proches, affirme n’en avoir jamais entendu parler... «Mon père avait déjà 67 ans à l’époque, mais c’est vrai qu’il a voyagé jusqu’à un âge très avancé en Amérique latine. Cette société est intrigante, je vous le concède», commente Geert van Istendael, sans sembler très surpris.

Le notaire salvadorien? Inconnu de l’écrivain flamand. Et Marianne n’a pas pu le pister. Par contre, à l’évocation du nom de Janusz Sleszynski, Geert van Istendael est formel: oui, son père en a été l’ami proche. «Ils ont travaillé ensemble, Janusz était un citoyen américain descendant de la noblesse polonaise, me semble-t-il, mais qui avait son bureau à Genève.» Comme Vanistendael, Sleszynski a jonglé avec plusieurs vies. Né en 1917, à l’instar d’Auguste, il sera pilote dans l’armée de l’air polonaise durant l’invasion allemande, avant de s’échapper pour combattre aux côtés des Français. La guerre terminée, il se marie et file aux Etats-Unis pour y travailler dans l’import-export.

Dès les années 1950, Sleszynski va s’impliquer dans de nombreuses réunions fondatrices de la démocratie chrétienne internationale, partout à travers l’Europe et l’Amérique du Sud. C’est ainsi qu’il rencontre Vanistendael. En 1961, les deux hommes tentent même d’organiser une rencontre entre le président du parti chrétien-démocrate vénézuélien, Konrad Adenauer et John Kennedy. Mais ce projet avorte.

Sleszynski disparaîtra en 1985, sans avoir pu assister à la chute du communisme. C’était bel et bien lui qui, à la fin de sa vie, habitait à Key Biscayne, le domicile renseigné dans les documents de J.A.M.E. International. Les emails de Marianne adressés à sa veuve, qui réside toujours là-bas, n’ont pas reçu de réponse. Sa fille, installée à Bruxelles, affirme ignorer l’existence de cette panaméenne et trouve toute cette histoire «incroyable et intrigante». Ancienne fonctionnaire aux Nations Unies, la veuve de Sleszynski détient sans doute la clé du mystère de cette offshore, toujours vivante selon le Registre panaméen des sociétés... Mais à l’heure où nous bouclons, sa fille n’a pas réagi à notre demande d’éclaircir cette affaire avec sa mère.

On ne peut donc que spéculer. Cette panaméenne servait-elle à abriter un discret héritage? Si tel est le cas, Auguste Vanistendael a-t-il servi de prête-nom pour son ami Janusz? Ou est-ce l’inverse, vu qu’Auguste occupe le poste clé de trésorier au sein de l’offshore? Atteint d’importants troubles de la mémoire à la fin de sa vie – son fils évoque une raréfaction progressive de «ses éclairs de clarté» –, Auguste aurait-il oublié l’existence même de cette offshore, qui se serait ainsi «perdue» dans les limbes de sa succession?

On ne peut pas non plus exclure l’hypothèse que J.A.M.E. International ait été liée aux activités politiques des deux hommes en Amérique du Sud. Un blogueur littéraire livrant son sentiment sur Discussion avec mon dieu mort, le livre-hommage de Geert à son père, souligne qu’«il ne fait aucun doute qu’Auguste Vanistendael était un gestionnaire peu transparent et que sa comptabilité était chaotique.» Et Geert van Istendael de conclure: «La vérité se trouve sans doute quelque part en Amérique latine», évoquant, sibyllin, cette intrigante «zone grise qui existe dans l’histoire de l’action syndicale chrétienne en Amérique du Sud»
D.L. et Q.N.

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Les quatre offshores du baron de Libramont


Depuis 1996, un conseiller communal de Libramont, apparenté au MR, est prête-nom dans quatre panaméennes. Des fortunes belges se cachent-elles derrière cet ancien avocat?

C’est un gîte de charme dans la région de Libramont. Si vous le réservez un jour pour un weekend nature, vous serez accueilli par le baron Edouard de Fierlant Dormer, propriétaire des lieux. Depuis deux législatures, ce grand amateur de chasse en battue proche de la cinquantaine est conseiller communal à Libramont-Chevigny sur la liste Chevi, apparentée au MR. Ce juriste occupe aussi la fonction de secrétaire général du RTL Group au Grand-Duché.

Mais depuis mars 1996, le baron de Fierlant est également trésorier de quatre obscures panaméennes. Leurs noms invitent au voyage: Sevilla World Holding, Languedoc Holding, European South-West Ltd et Merchandise World Holding. A l’époque, il était, dit-il, «avocat généraliste» au Grand-Duché au sein du cabinet de Victor Elvinger et Catherine Dessoy, eux aussi administrateurs de ces offshores. Edouard de Fierlant reconnaît bien y avoir siégé, mais affirme avoir quitté le cabinet en 2001.

Suite à l’appel de Marianne, il a pris contact avec ses anciens collègues pour clarifier la situation. «Trois offshores auraient disparu, nous dit-il. Et la quatrième, Sevilla, n’a pas d’activités ni de clients. On a oublié de me “démissionner” après mon départ.» Le Registre panaméen des sociétés indique pourtant qu’elles sont toujours toutes actives.

Edouard de Fierlant aurait-il pu servir de prête-nom à des clients belges? «Si je le savais, je ne pourrais pas vous le dire: secret professionnel. Mais là, c’est encore plus simple: je n’en sais rien. Je ne travaillais pas dans le département qui s’occupait de la gestion de patrimoine.» Avait-il conscience qu’en devenant prête-nom pour des clients, il pouvait prendre le risque de se rendre complice de fraude fiscale? L’ex-avocat esquive la question, invoquant le droit panaméen pour analyser sa responsabilité d’administrateur. Avant de reconnaître qu’il ne sait pas ce que ce droit dit exactement.
D.L. et Q.N.

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Panamagate - Episode 2



Par David Leloup et Quentin Noirfalisse
Marianne Belgique, 11 mai 2013 (PDF)

Second volet de notre enquête exclusive sur ces Belges qui ont craqué pour les panaméennes. Et nouvelles révélations. Cette semaine, Marianne a retrouvé des sociétés offshore administrées par un pilier historique du mouvement syndical chrétien international. Par un homme clé de RTL Group, baron de son état, et conseiller communal MR à Libramont. Par un prince descendant de Charles Quint, gérant de grosses fortunes au Luxembourg et proche des services de renseignement britanniques. Et par un autre prince condamné l’an passé à trois ans de prison avec sursis pour fraude fiscale…

Marianne, qui a bénéficié ces derniers mois d’une importante fuite de données du Panama, continue de décrypter les secrets de ce paradis fiscal d’Amérique centrale de 3,5 millions d’habitants. Il n’y a bien sûr rien d’illégal à détenir une offshore, pour autant que d’éventuels revenus générés par celle-ci soient déclarés au fisc. Or l’opacité que vend le Panama incite précisément à la fraude…

Parce qu’ils n’ont pas jugé nécessaire de dépenser 300 euros par an pour rémunérer des prête-noms, ou que le scénario d’une fuite de données était impensable à leurs yeux, ou encore que des intermédiaires peu scrupuleux n’ont pas jugé bon de masquer les noms de leurs clients dans le Registre des sociétés panaméen, plus de 160 Belges – tous présumés innocents, soulignons-le – ont été identifiés par Marianne comme administrateurs d’offshores panaméennes. C’est tout simplement la plus grosse fuite de données offshore relative à la Belgique jamais révélée par la presse belge.
 

EPISODE 2

L’héritage perdu de Geert van Istendael?
Auguste Vanistendael, pilier du mouvement syndical chrétien, apparaît comme trésorier d’une mystérieuse offshore toujours vivante: J.A.M.E. International Inc. Amnésique à la fin de sa vie, aurait-il oublié de transmettre ce patrimoine à ses enfants?

Des feux de l’Ommegang aux charmes discrets du Panama
Descendant de Charles Quint, le prince Bernard de Merode côtoie le milieu du renseignement. Il apparaît comme prête-nom dans 13 offshores panaméennes, visiblement pour de grosses fortunes qu’il gère depuis le Luxembourg.

Les 18 panaméennes du prince Henri de Croÿ-Solre
Le prince Henri de Croÿ-Solre apparaît comme administrateur de pas moins de 18 sociétés offshores créées entre 1978 et 1994, dont 13 sont toujours vivantes, selon le Registre panaméen des sociétés. A ses côtés, son frère Emmanuel et son épouse Maria.

Les quatre offshores du baron de Libramont
Depuis 1996, un conseiller communal de Libramont, apparenté au MR, est prête-nom dans quatre panaméennes. Des fortunes belges se cachent-elles derrière cet ancien avocat?

samedi 11 mai 2013

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Le brasseur et la petite reine


Deux frères de la région montoise. Le notaire du village aux multiples casseroles. Le cabinet d’avocats panaméen Icaza, Gonzalez-Ruiz & Aleman. Et une sombre histoire de succession?

Certains pourraient y reconnaître un verre de bière déformé, vu d’en haut, les vagues s’échouant sur le sable formant la mousse houblonnée qui s’accroche aux parois. A moins qu’il ne s’agisse d’un vélodrome pas très régulier, cerné par les flots... L’attol de Clipperton, possession française perdue dans l’océan Pacifique, a-t-il inspiré le nom de la panaméenne d’Edouard Gallée, 60 ans, brasseur hennuyer et aficionado de la petite reine?




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Le roi du casier

La panaméenne d’un consultant. Pour toucher du black?

Francis Isenborghs, 66 ans, est un jeune retraité satisfait. Il laisse derrière lui une PME florissante qui conçoit et fabrique des casiers à bouteilles et des palettes en plastique pour le secteur international de la boisson. Notre ex-entrepreneur, qui habite un village croquignolet dans le Brabant wallon, a breveté plusieurs casiers ainsi qu’un procédé d’étiquetage qui font toujours le bonheur de ses anciens clients: Coca-Cola, AB InBev, Heineken, Danone, Nestlé…

Des noms bien plus connus que Capal Consulting Inc., l’offshore que Francis Isenborghs s’est créée en janvier 2007 au Panama. «C’est terminé, c’est fini tout ça…», dit-il à Marianne, comme s’il avait tourné définitivement une sombre page de sa vie. «Cette offshore me servait quand j’étais consultant. C’était pour toucher des petits montants. Mais la société n’existe plus. Ça fait plusieurs années que je n’ai plus rien payé.»

Pourtant, le Registre des sociétés la présente comme étant en vie. «Non, c’est une erreur, affirme-t-il avec l’aplomb d’un juge de paix. La société n’a duré que deux ou trois ans.» Lorsqu’on lui demande par quelle filière il est passé pour ouvrir son offshore, il se ferme comme une huître: «Non non non, c’est fini, non non, c’est terminé tout ça, je n’expliquerai plus rien. C’est du passé. Je n’ai pas envie de parler de ça. C’est terminé, au revoir monsieur.»
D.L. et Q.N.

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Une affaire de famille

Cinq offshore créées en sept mois, de multiples fusions et remaniements: la famille Festraerts, de Saint-Trond, est hyperactive au Panama. Un bien étrange business familial.

Les noms des cinq offshores dans lesquelles trois membres de la famille Festraerts apparaissent, ou sont apparus récemment, comme administrateurs, n’évoqueront pour vous qu’un exotisme frais saupoudré de jargon anglo-hispanique. Des sociétés dont les trajectoires peuvent se révéler complexes voire carrément virevoltantes. Tout d’abord, il y a Galinsky Continental Corporation, dans laquelle la famille Festraerts fait irruption en janvier 2007. Cinq jours plus tard, le même trio surgit au conseil d’administration de Lethbridge Overseas Corporation. Après une pause de deux mois, la famille Festraerts s’empare coup sur coup de Hetar Propiedades Inmobiliarias et Obrart Commercial Company. Après ce premier semestre frénétique, le trio familial créera aux aurores de juillet 2007 une ultime coquille: Casanueva Digital.

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Deux banquiers «égarés» à Panama

Le patron de la banque Degroof et l’ex-numéro un de BNP Paribas Fortis à Pékin apparaissent comme prête-noms dans une offshore qui aurait permis, dans les années 1980, de réduire la facture fiscale d’un client. Lequel? Mystère.

Ses documents d’enregistrement reposaient depuis deux mois sur une étagère du cabinet d’avocats panaméen Durling & Durling. Une société on the shelf, comme disent les spécialistes. Une coquille vide prête à être vendue au premier client venu. Ce fut chose faite le 2 décembre 1981: un avocat new-yorkais, Peter F. DeGaetano, fait l’acquisition de Satley Investments Corp. S.A., pour la refiler quelques semaines plus tard, à deux banquiers belges alors âgés d’une petite trentaine d’années: Regnier Haegelsteen et Serge Janssens de Varebeke.

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Trois patrons de PME en eaux troubles

Le patron d’une importante PME wallonne active dans le photovoltaïque apparaît dans une panaméenne. Cette offshore ne lui aurait jamais rapporté un centime, affirme-t-il. Tout en faisant l’éloge des paradis fiscaux.

C’est l’histoire de l’obscure offshore d’un entrepreneur solaire. A l’origine, CPM International Holdings, panaméenne créée en 1991. Dans ses statuts, quatre administrateurs: un certain Henri L. Pritchett, domicilié à Coral Springs (Floride) et son compatriote Mark Hopkins, habitant à l’autre bout du pays, à Seattle. Le président du conseil d’administration, Hervé Kerien, déclare résider, de manière surprenante, dans la chambre 451 de l’hôtel Jianguo, un quatre étoile de Pékin. Le quatrième annonce habiter Linkebeek (Brabant flamand). Il s’agit de Pierre Verhoogen, aujourd’hui à la tête d’une prospère PME du Brabant wallon pionnière dans le secteur photovoltaïque.

Joint par Marianne, il affirme d’abord ne pas se souvenir d’une quelconque offshore créée à Panama. Et tempère: «Dans ma vie, j’ai créé beaucoup de sociétés, vous savez...» Avant de se lancer dans le solaire, l’entrepreneur était notamment actif dans l’agroalimentaire avec son marin de frère. Il a aussi développé des affaires en Chine, au Pérou et en Tunisie.



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Gusher et Nuckol sont sur un camion…

 
Un administrateur de De Lijn et lobbyiste du transport routier s’est retrouvé, entre 2007 et 2010, président du conseil d’administration de deux offshores avec un collègue suisse. Les deux hommes tombent des nues et hurlent au complot.

Paul Laeremans et Martin Marmy. Un Belge et un Suisse. Deux noms qui ne vous diront sans doute rien. Pourtant, ils figurent parmi les personnages-clés de la très puissante Union internationale des transports routiers (IRU), un discret lobby chargé de défendre les intérêts des exploitants d’autobus, d’autocars, de taxis et de camions, «dans le but d’assurer la croissance économique et la prospérité via la mobilité durable des personnes et des biens». Partout dans le monde.

L’IRU fut créée en 1948 pour favoriser la reconstruction de l’Europe en appliquant une stratégie «de facilitation du transport routier» développée par les Nations Unies. Avec 170 associations professionnelles membres, l’IRU est devenue un mastodonte qui s’étend aujourd’hui dans 73 pays et possède, outre son siège à Genève, des délégations permanentes à Bruxelles, Moscou et Istanbul. Parmi ses membres associés, on retrouve tous ceux qui prospèrent grâce au macadam: Volvo, Scania, Michelin, Iveco, Eurolines, UPS, Continental… Le tout forme ce qu’on pourrait appeler le lobby du libéralisme routier global.

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Plus de 160 Belges identifiés dans des offshores au Panama


Marianne a bénéficié d’une importante fuite de données provenant du Panama. Notre enquête permet de lever un coin du voile sur le fonctionnement opaque de ce paradis fiscal d’Amérique centrale, qui séduit des contribuables du monde entier. Dont de nombreux Belges en quête d’anonymat. Nous en avons identifié plus de 160. Après OffshoreLeaks, voici le Panamagate.

Par David Leloup et Quentin Noirfalisse
Marianne Belgique, 4 mai 2013 (PDF)


EPISODE 1

Le Panamagate ne fait que commencer...
Anonymat, montages fiscaux plus ou moins légitimes, activités légales aussi: Marianne vous emmène à la rencontre de ces Belges qui ont ouvert une société offshore au Panama. Des profils sociologiques variés, pour des usages qui le sont tout autant...

Vendre de la bière provoquerait des trous de mémoire
Trois figures de l’actionnariat familial d’AB InBev apparaissent comme administrateurs d’offshores panaméennes. Des mandats qui ne leur rappellent pas grand-chose, voire rien du tout. Seule certitude: ce ne sont pas des filiales du groupe brassicole.

Gusher et Nuckol sont sur un camion…
Un administrateur de De Lijn et lobbyiste du transport routier s’est retrouvé, entre 2007 et 2010, président du conseil d’administration de deux offshores avec un collègue suisse. Les deux hommes tombent des nues et hurlent au complot.

Deux banquiers belges égarés à Panama
Le patron de la banque Degroof et l’ex-numéro un de BNP Paribas Fortis à Pékin apparaissent comme prête-noms dans une offshore qui aurait permis, dans les années 1980, de réduire la facture fiscale d’un client. Lequel? Mystère.

Trois patrons de PME en eaux troubles
Le patron d’une importante PME wallonne active dans le photovoltaïque apparaît dans une panaméenne. Cette offshore ne lui aurait jamais rapporté un centime, affirme-t-il. Tout en faisant l’éloge des paradis fiscaux.

Une affaire de famille
Cinq offshore créées en sept mois, de multiples fusions et remaniements: la famille F., de Saint-Trond, est hyperactive au Panama. Un bien étrange business familial.

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Vendre de la bière provoquerait des trous de mémoire

 
Trois figures de l’actionnariat familial d’AB InBev apparaissent comme administrateurs d’offshores panaméennes. Des mandats qui ne leur rappellent pas grand-chose, voire rien du tout. Seule certitude: ce ne sont pas des filiales du groupe brassicole.

«Je suis au moins aussi intrigué que vous par cette société et je vais continuer mes recherches, monsieur. C’est dans mon intérêt que tout cela soit éclairci, vis-à-vis de toutes les responsabilités que j’exerce.» L’homme qui s’exprime ainsi à l’autre bout du fil, le comte Arnoud de Pret Roose de Calesberg, est méconnu du grand public. Il n’en est pas moins étroitement associé à l’un des plus beaux fleurons industriels d’origine belge: AB InBev, premier brasseur mondial, qui vient tout juste d’engloutir le Mexicain Grupo Modelo, producteur de la Corona.







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