dimanche 13 septembre 2009

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Trois listings Clearstream sur Internet


A une semaine du procès Clearstream, l’internaute lambda qui «google» judicieusement la toile peut tomber sur trois listings originaux de la très privée chambre de compensation internationale. Clearstream est-elle l’institution financière luxembourgeoise la plus «fuitée» de la planète?

Le fameux listing Clearstream de 2001, celui-là même qui fut par la suite trafiqué pour mouiller Nicolas Sarkozy dans l’affaire des frégates de Taïwan, est librement accessible dans un recoin perdu d’Internet. Tout comme le listing de 1995 à l’origine de l’enquête de Denis Robert. Avec le «petit dernier» de 2004, qui mentionne une mystérieuse Bank Madoff, cela fait trois listings Clearstream téléchargeables aujourd’hui par le commun des mortels. Trois documents sensibles que la chambre de compensation internationale basée à Luxembourg et Francfort aurait sûrement préféré garder secrets.

Le plus étonnant, c’est que deux de ces listings – ceux de 1995 et 2001 – sont en ligne depuis plus de trois ans. Ils ont été publiés respectivement en mai et juin 2006 par le New-Yorkais John Young sur son site Cryptome – qualifié à l’époque de «site Internet le plus dangereux du monde» par le magazine Radar. Le troisième listing, daté de 2004, a quant à lui été «fuité» il y a quelques mois sur le portail étasunien Wikileaks.

Dans une lettre datée du 11 juillet 2006, l’avocat new-yorkais de Clearstream menaçait Young de poursuites judiciaires s’il ne retirait pas illico de son site les deux listings de 1995 et 2001. «Ces documents sont des tableaux Excel contenant des informations confidentielles sur nos clients, obtenues de Clearstream par des voies détournées», précisait Paul Hessler du cabinet Linklaters – authentifiant par là même les deux documents. Mais voilà, si les fichiers litigieux ont bien été ôtés des serveurs new-yorkais pilotés par Young, des copies figurent toujours sur un obscur serveur «miroir» situé en Autriche...

Prolifération des comptes non publiés

Le listing de 1995, qui est à l’origine de l’enquête fleuve — trois livres — du journaliste Denis Robert, contient 4.146 comptes clients ouverts directement auprès de la chambre de compensation. Outre les noms, numéros et statuts des comptes (publié/non publié), il renseigne également les noms et adresses des gestionnaires officiels des comptes.

Sur ces 4.146 comptes, 2.215 (53%) sont «publiés» (c’est-à-dire qu’ils figuraient à l’époque dans la liste de comptes mise à disposition des utilisateurs du réseau Clearstream), 1.926 comptes sont «non publiés» (hors liste officielle, donc connus des seuls initiés) et cinq ont un statut indéterminé (dû à des erreurs d’encodage).

En avril 2006, à titre de comparaison, Clearstream indiquait au journal Le Monde disposer de 5.542 comptes ouverts, dont 3.239 non publiés. Ce qui fait 42% de comptes publiés. Par rapport aux 53% de 1995, la baisse est significative. En fait, sur les 1.396 nouveaux comptes ouverts en 11 ans, l’immense majorité — 1.308 comptes, soit 94% — sont des comptes non publiés.

Pour rappel, les comptes non publiés sont soit des «sous-comptes» de comptes officiels (publiés) visant à faciliter les transferts entre filiales d’une banque et de sa maison mère, soit des comptes qui ne se rapportent à aucun compte officiel. Une banque peu scrupuleuse pourrait ainsi ouvrir des comptes non publiés, sous son nom et sa responsabilité, derrière lesquels se dissimuleraient des clients privilégiés. Ceux-ci auraient alors toute latitude de transférer des fonds n’importe où dans le monde, en toute opacité, à d’autres particuliers utilisant le même stratagème...

Recel de vol et d’abus de confiance

Le listing de 2001 (et non de 2002 comme annoncé à tort par Cryptome) est lui beaucoup plus large: il contient 33.340 comptes dont la très grande majorité sont des comptes de «contreparties», c’est-à-dire des comptes non ouverts directement chez Clearstream mais chez un autre dépositaire central avec lequel un client de Clearstream peut effectuer des opérations. C’est le cas par exemple d’Iberclear en Espagne, de la DTCC aux Etats-Unis, de Monte Titoli en Italie, etc.

Cet «annuaire financier» de plus de 33.000 références est en réalité le fameux listing obtenu par Florian Bourges, un ancien stagiaire chez Arthur Andersen qui a participé à l’audit de Clearstream en 2001. Bourges aurait d’abord remis le document à Denis Robert, puis à l’ex-trader Imad Lahoud qui a reconnu l’avoir falsifié en y ajoutant le nom de plusieurs personnalités, dont Nicolas Sarkozy, pour suggérer qu’elles auraient touché des commissions ou rétro-commissions lors de l’achat par Taïwan, en 1991, de six frégates à Thomson CSF.

Le simple fait de posséder une copie de ce listing a valu à Denis Robert une mise en examen en décembre 2006 pour «recel de vol de documents bancaires» et «recel d’abus de confiance». En conservant ce listing, Florian Bourges (lui aussi mis en examen pour les mêmes motifs) aurait en effet «volé» ce document à Clearstream et, ce faisant, «abusé» de la confiance de son employeur d’alors (Arthur Andersen). C’est du moins le point de vue des juges français Jean-Marie d’Huy et Henri Pons en charge de l’affaire Clearstream 2. Le procès, qui verra notamment Dominique de Villepin en «vedette» dans le box des accusés, se déroulera du 21 septembre au 21 octobre prochains devant la 11e chambre du tribunal correctionnel de Paris.

Le compte 62.619 de l’énigmatique Bank Madoff

Fin 2008, un nouveau listing Clearstream, jusqu’ici inconnu, a fait irruption sur le site étasunien Wikileaks. Publié sous la forme d’un fichier PDF de plus de mille pages, le listing recense quelque 38.838 comptes de contreparties en date du 1er juillet 2004. L’authenticité du document a été confirmée il y a quelques mois par Clearstream.

A la page 712 du listing figure une référence intrigante: le compte 62.619 ouvert au nom d’une énigmatique «Bank Madoff» à New York. Contacté par Médiattitudes, l’administrateur judiciaire Irving Picard se refuse à tout commentaire sur le rôle éventuel de cette mystérieuse banque dans l’escroquerie pyramidale fomentée par l’ex-star de Wall Street.

L’éventualité de mettre les autoroutes de la finance globalisée sous tutelle publique internationale n’a pas du tout été envisagée par le G20 lors de sa réunion «historique» du 2 avril dernier, pas plus qu’elle ne figure à l’agenda de sa prochaine réunion à Pittsburgh les 24 et 25 septembre prochains.


Les trois listings Clearstream disponibles en ligne:



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mardi 13 novembre 2007

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Le 4e pouvoir dans les cordes


«Merci à Clearstream, à la BGL et à Fortis, merci à la Menatep, à Nicolas Sarkozy et à Dominique de Villepin, aux plaintes et aux embarras judiciaires que chacun m’occasionne. Sans eux, nous ne ferions pas ce genre de soirée.» Denis Robert manie bien sûr l’ironie. Mais il est heureux, aussi. Samedi 10 novembre, la salle de la Passerelle à Florange, près de Metz, était comble. La soirée, organisée par son comité de soutien, visait à récolter des fonds pour aider l’ex-journaliste à couvrir ses frais de justice consécutifs au tsunami de poursuites judiciaires dont il fait l’objet depuis des années.
Sans relâche. «Alors que nous venons de gagner au Luxembourg deux procès montés par la BGL et le groupe Fortis, six (nouvelles) lettres recommandées viennent d’arriver à la maison qui m’annoncent que mes adversaires, Fortis en l’occurrence, viennent de me réassigner en France sur la base de plaintes quasi identiques à celles déposées au Luxembourg (toujours diffamation), écrivait samedi matin l’auteur de Révélation$ et La boîte noire. Une nouvelle preuve que ces empaffés ne me lâcheront jamais la grappe. Une nouvelle preuve que j’ai dû toucher là où ça (leur) fait mal.»
Guy Bedos, tête d’affiche de la soirée, a regretté l’absence des «plus grands éditorialistes de la presse dite libre, de gauche, parce que c’est un scandale ce qui arrive là à [Denis Robert], il a fait son métier».
En décembre 2006, l’association Reporters sans frontières avait déjà condamné la «multiplication des poursuites à l’encontre de Denis Robert dans le cadre de l’"affaire Clearstream"», un «"matraquage" [qui] témoigne d’une volonté de le réduire au silence.» A ce jour, 459 journalistes seulement, parmi lesquels Florence Aubenas, Bernard Langlois, Paul Moreira, John Paul Lepers ou Denis Delbecq, ont envoyé un scan de leur carte de presse en soutien à Denis Robert. Parmi eux, seulement trois Belges...
La Fédération européenne des journalistes (FEJ), qui représente plus de 250.000 journalistes dans plus de 30 pays, manifestait le lundi 5 novembre un peu partout en Europe contre les «pressions économiques et politiques, la marchandisation de l’information, l’autocensure, la précarité et le non respect du principe de protection des sources». Pour faire passer ce message, la FEJ, l’AJP et son pendant néerlandophone, la VVJ, avaient même réalisé un chouette pastiche de tabloïde.
Cela n’aura pas suffit. Selon PressBanking, Le Soir est le seul média de presse écrite belge francophone (1) à s’être fendu d’un papier dans son édition du lendemain (373 mots en page 38).
Du côté des partis politiques, ni le PS, ni Ecolo, ni le CDH n’ont soutenu cette action par voie de communiqué. Il fallait lorgner à droite, du côté de l’avenue de la Toison d’or, pour trouver une news solidaire avec les revendications de la FEJ...
Ironie du sort, ce même 5 novembre, en France, le quotidien économique Les Echos était racheté par Bernard Arnault, PDG du groupe LVMH, première fortune de France et septième de la planète.

Le résumé de la soirée du 10 novembre, par le comité de soutien:


Le reportage de France 3:


Un appel (mordant) aux journalistes, par Erwin Act:



(1) Recherche effectuée entre le 1/11 et le 12/11 sur les quotidiens et hebdomadaires suivants: Vers l’Avenir - toutes éditions, Le Courrier, Le Soir, La Dernière Heure, L’Echo-Actualités (2007), Le Jour Liège, Le Vif/L’Express, La Libre Belgique, La Tribune de Bruxelles, L’Avenir du Luxembourg, Le Jour Verviers, Trends/Tendances, Le Jour Huy-Waremme, Vers l’Avenir Brabant Wallon, Le Courrier de l’Escaut, Vers L’Avenir - Namur, La Nouvelle Gazette - La Province (archives), La Meuse - La Lanterne (archives), Grenz Echo, Cash NL, Nouvelles Graphiques, Knack Internetpoket, Knack Multimedia, Knack Gezondheid, Le Vif/L’express Weekend, De Huisarts, Guide de poche Internet, Knack Boeken, Le Journal des Enfants, Cash Personal Finance NL, Nest FR, Knack Focus, Le Vif Multimedia, Plus NL, Cash FR, Cash Personal Finance FR, Cash Beleggersalmanak, E-Tendances, Knack Weekend, Plus FR, SBJ Finance, Industrie NL, BIZZ FR, BIZZ NL, Knack, Cash Almanach de l’investisseur, Semper FR, Sports FR, Le Généraliste, Dotgov FR, Le Vif/L’express Santé, E-Trends, Dotgov NL, Trends, Semper NL, Business in Meeting, Coup d’oeil, Industrie FR, Nest NL, Grafisch Nieuws, Sports NL.

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vendredi 23 mars 2007

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Censure et fiction en démocratie

Indicible car trop lourde de conséquences, l’«affaire Clearstream 1» est-elle condamnée à la censure et à la fiction? Alors que L’emmerdeur, le second roman sur l’enquête de Denis Robert, sort début avril, l’écrivain-journaliste annonce sur son blog qu’un papier très documenté sur Clearstream a été censuré cette semaine dans Paris-Match et qu’un second article, toujours sur Clearstream, devait passer en une du Financial Times mais, «suite au lobbying intensif de la banque des banques luxembourgeoise, il a été différé...»
Selon Robert, les deux papiers étaient «prêts à sortir, maquettés, et ont été sacqués in extremis. La peur des procès et l'utilisation malveillante de documents judiciaires tronqués a joué à mort. C’est une belle saloperie.» Furax, l’ex de Libé suggère aux juristes du quotidien anglais et de l’hebdo du groupe Lagardère de jeter un œil «au seul jugement argumenté qui vaille à ce jour» pour qu’ils reconsidèrent leur décision.
Quant au roman d’Elisabeth Butterfly (extraits ici), l’éditeur annonce qu’il «ne pourrait pas sortir sous la forme d’un document. Les procès déferleraient». Et pour lancer son bouquin, la maison d’édition Florent Massot mise sur le buzz de la blogosphère en surfant sur la vague complotiste. «Nous avons besoin de vous pour diffuser ce livre qui sera victime dans un premier temps de la censure de la presse traditionnelle – surtout en période électorale...», écrit l’attachée de presse dans un mail envoyé à plusieurs bloggeurs qui suivent les rebondissements de ce «combat du 21e siècle». On se demande bien pourquoi les médias bouderaient ce livre puisque la forme romanesque a précisément été retenue pour éviter que les procès ne déferlent. Enfin, on verra...
En attendant, malgré un énième procès sur le dos (intenté cette fois par Fortis à Luxembourg), galvanisé par le soutien croissant qui s’organise autour de lui – concert de Miossec, Cali, Groland Soundsystem, etc. le 17 avril à Paris –, Denis Robert annonce qu’il ne lâchera pas le morceau: «Oui, vous êtes nombreux à me dire de prendre du recul et de passer le relais. Et bien non, je ne laisse pas tomber (...) Désolé mais je ne suis ni mort, ni malade, ni encore complètement fauché...»
Qu’on se le dise...



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jeudi 23 novembre 2006

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«Je ne peux plus m’en sortir seul»



200 visites d’huissiers à domicile, 30 procédures en cours... «J’ai dû me rendre à cette évidence: je ne peux plus m’en sortir seul». Face aux moyens colossaux de ses détracteurs – Clearstream, ses banques clientes, des autorités judiciaires françaises et luxembourgeoises –, le journaliste Denis Robert ne peut opposer que son énergie, ses livres et sa bonne foi. Mais ça ne suffit plus. Voilà pourquoi un groupe de soutien a été constitué pour l’appuyer moralement et financièrement dans ses multiples déboires judiciaires.

«Je manque de temps, d’argent, d’énergie pour répondre à chaque coup porté»
, concède désormais l’auteur de Clearstream, l’enquête. «Avec le gros temps qui se profile, les mises en examen qu’on veut me coller sur le dos, les nouvelles plaintes de Clearstream contre des interviews à la presse, les procédures au civil très onéreuses lancées à Luxembourg où je suis également mis en examen, cette initiative devenait indispensable.»

Selon Reporters sans frontières, Denis Robert est susceptible de se faire condamner à trois ans d’emprisonnement et à 375.000 euros d’amende, rien que dans le cadre de la récente procédure judiciaire lancée en France contre lui. «Si les professionnels de la presse doivent être poursuivis chaque fois qu’ils sont amenés à entrer en possession ou à prendre connaissance de documents qui n’étaient pas destinés à être rendus publics, c’est tout le travail du journalisme d’investigation qui pourrait être compromis», a notamment déclaré l’association de défense de la liberté de la presse.

Pour Robert, pas de doute: derrière cette énième procédure à son encontre se trouve évidemment Clearstream, par l’intermédiaire du cabinet d’audit Barbier Frinault (repreneur d’Arthur Andersen après le fiasco d’Enron), mais aussi «le Parquet de Paris et son représentant Jean-Claude Marin, le garde des Sceaux Pascal Clément et le Premier ministre Dominique de Villepin, forcément associés dans cette atteinte grave à la liberté d’écrire».

Cette semaine, Les Inrockuptibles publient un texte que Le Monde avait refusé, sous prétexte qu’il était diffamatoire. Le lecteur jugera...

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jeudi 26 octobre 2006

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Les récrés de Denis et Edwy

C’est la guerre entre Denis Robert et l’ex-trotskard en «exil» rue Royale. La vraie! Non seulement les deux hommes sont en concurrence directe pour la reprise de Libération, mais ils se fritent aussi violemment au sujet de l’affaire Clearstream (ceci expliquant sans doute cela et inversément). L’auteur de Révélation$ s’est ainsi donc fendu hier, sur son blog, d’une longue réplique à la chronique cinglante de Plenel parue dans Le Soir du 20 octobre.

«Depuis le début, ce gars-là se sert de son journal pour faire ou faire faire des articles assassins sur moi et personne ne lui dit jamais rien, s’énerve Robert. Ensuite ses papiers servent à l’avocat de Clearstream pour bâtir ses plaintes. Et personne ne dit jamais rien. Normal, il est salarié dans un grand journal et fait peur à tout le monde parce qu’il peut rouler ses petits muscles et écrire des papiers fielleux n’importe quand sur n’importe qui. (...) La moustache de Plenel et ses tirades de joueur de flûte ne m’ont jamais impressionné. Pour tout dire, je pense que Plenel est un usurpateur, un opportuniste, une sorte de kapo sans foi ni loi, très doué pour le baratin et pour monter des coups.» Le ton est donné!

Quand l’ego éclipse le fond

Ce différend passionnel entre les deux hommes est nourri semble-t-il par une vieille rancœur tenace comme une tache de fruit rouge. «Quand j’étais à Libé et que son journal et le mien étaient concurrents sur le terrain des affaires mettant en cause les balladuriens ou les socialistes, nous lui avons mis des dizaines de unes dans la vue, fanfaronne Robert. J’étais en concurrence directe avec lui et Gattegno. Neuf fois sur dix, Libé sortait des scoops avant le Monde

Sur le fond, la chronique de Plenel, nombriliste et déontologiquement douteuse (l’ex-directeur de la rédaction du Monde s’est porté partie civile dans le dossier Clearstream 2, son nom étant cité par le corbeau dans les bénéficiaires de comptes bidons), est à côté de la plaque. La réplique de Robert, si elle est légitime, est sans grand intérêt autre que sociologique. Le vrai sujet, ce «combat du 21e siècle» qui concerne tous les démocrates désireux d’une plus grande justice fiscale, c’est celui du contrôle des transactions financières internationales. Pas cette guéguerre d’ego entre deux journalistes rivaux et narcissiques. Or la question de la fiscalité à l’heure de la mondialisation reste sur le carreau politique. Seule la société civile semble s’en être réellement emparée (via notamment le Réseau mondial pour la justice fiscale), avec les moyens modestes qui sont les siens.

«Européaniser» Clearstream

Pendant ce temps, Robert est obligé de perdre son temps au tribunal ou de se justifier dans les médias. Il est vrai qu’il l’a en partie cherché en étant pour le moins léger dans son interprétation de l’acronyme DGSE. Mais balayer d’un revers de main, pour cinq lignes erronées, des années d’enquête (trois bouquins, deux films), une mission parlementaire sur le blanchiment, des témoignages accablants, etc., ce serait faire une erreur monumentale.

«Clearstream est devenu, dans les faits, un intermédiaire incontournable pour le versement de commissions occultes, l’évasion fiscale et des transactions secrètes portant sur des montants colossaux, lesquelles échappent ainsi au contrôle des banques centrales (qui ne protestent guère!): un vrai trou noir de la finance internationale», résumait Philippe Béchade dans une récente chronique proposant ni plus ni moins de... nationaliser Clearstream. Ce qui ne changerait sans doute pas grand-chose connaissant le nationalisme financier grand-ducal. Transformer Clearstream en institution publique européenne, sous contrôle direct des eurodéputés, voilà ce qu’il conviendrait sans doute de faire. Tout l’enjeu consisterait, dans un premier temps, à rendre ce combat «sexy» aux yeux du politique et de l’électeur. Et il ne l’est a priori pas moins que d’autres.

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mercredi 4 octobre 2006

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Le combat du 21e siècle

«Le problème, c’est que le contrôle public des transactions financières est un sujet très compliqué dont tout le monde se fout. Mis à part Montebourg et moi-même, rares sont les politiques à s’être intéressés à ces questions. Et pour cause: ce n’est pas porteur électoralement. Pourtant, il faut que la gauche prenne conscience que le contrôle des transactions financières constitue le combat du 21e siècle.»
Vincent Peillon, à propos de l’affaire Clearstream 1 (Technikart, juin 2006).

Début août, le journaliste-écrivain-réalisateur Denis Robert a reçu une «lettre inamicale» du premier ministre français, Dominique de Villepin, qui le poursuit pour diffamation. En cause, notamment, l’affirmation de Robert dans son dernier livre Clearstream, l’enquête (2006) selon laquelle de Villepin aurait joué un rôle actif dans l’affaire Clearstream 2, pour éliminer son rival Nicolas Sarkozy «en utilisant la justice pour règler les comptes politiques de la Chiraquie».

Début septembre, c’est la chambre de compensation luxembourgeoise elle-même qui s’est rappelée au bon souvenir du journaliste. Clearstream assignait alors Robert à comparaître devant le tribunal d’arrondissement de Luxembourg pour diffamation avant le 6 octobre, et lui réclamait – au passage – 100.000 euros de dommages-intérêts. De quoi inciter les journalistes «fouille-merde» à la prudence...

Quand Barroso couvre Bolkestein

Robert, ex de Libé (lire notamment sa «lettre de rupture» historique à Serge July), enquête depuis plusieurs années sur Clearstream et les coulisses de la finance mondialisée. Il a publié trois livres, un roman et réalisé deux films sur cette affaire complexe qui lui pollue désormais méchamment l’existence. Depuis 2001 en effet, une avalanche de procès pour diffamation s’abbat sur lui dans la plupart des pays où ses ouvrages et ses films ont été diffusés. L’essentiel de ces poursuites provient de Clearstream et de la sulfureuse banque russe Menatep, où Frits Bolkestein officie en tant que conseiller de la direction depuis la fin de son mandat de commissaire européen.

Précisons qu’en 2001 Bolkestein lui-même s’est opposé à l’ouverture d’une enquête parlementaire sur Clearstream. A l’époque, le très libéral commissaire hollandais était déjà lié à la Menatep puisqu’il y siégeait au sein du Conseil consultatif international. Interpellé en mai 2005 par l’eurodéputé batave Paul van Buitenen (l’homme qui fit tomber la Commission Santer en 1999), Jose Manuel Barroso n’a pas jugé bon d’ouvrir une enquête parlementaire sur cet embarrassant conflit d’intérêt. «A Bruxelles, tout repose sur les réseaux informels pour faire bouger les choses», déclarait, fataliste, van Buitenen en avril dernier.

Ami débauché par Clearstream

Bref, Denis Robert croule sous les assignations. Mais il gagne presque toujours ses procès, m’expliquait-il lors d’un entretien réalisé il y a deux ans et demi. Quand ce n’est pas le cas, ses rares condamnations se résument la plupart du temps à un euro symbolique. Cette «stratégie de l’épuisement» n’a jusqu’ici pas (encore?) porté ses fruits. Même si, dans cette guerre des nerfs aux enjeux planétaires, Clearstream est allée jusqu’à embaucher comme attaché de presse un de ses proches amis, journaliste à l’AFP, avec lequel il avait couvert de longs mois durant la sombre affaire Villemin. Mais Denis Robert, journaliste de combat, a des nerfs d’acier. Son dernier livre, paru avant l’été, lui a valu «une petite dizaine» de nouveaux procès, dont celui intenté par Villepin. «Je suis une petite PME à moi tout seul», ironise-t-il sur son blog...

L’intégrale de ses films, dont deux consacrés à Clearstream, sort demain en DVD.

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mardi 13 juin 2006

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Clearstream 2, les livres

Le nouveau livre de Denis Robert, Clearstream, l’enquête, écrit en 17 jours, d’abord suspendu à la vente en référé puis autorisé deux jours plus tard, fait couler beaucoup d’encre.
Mercredi dernier, le juge des référés du tribunal de grande instance de Paris ordonnait le report de la parution de l’ouvrage au plus tôt le 27 juin. Pourquoi? Parce que le livre, à ce moment là, portait atteinte à la présomption d’innocence d’Imad Lahoud. Ce dernier est l’informaticien qui aurait falsifié au profit du corbeau Jean-Louis Gergorin, ancien numéro 2 du groupe EADS, des listings informatiques de la chambre de compensation Clearstream en y incluant le nom de diverses personnalités politiques françaises dont celui de Nicolas Sarközy de Nagy-Bocsa (plus connu sous le nom de Sarko ou... Iznogoud auprès des Google bombers).
Ces listings avaient été envoyés anonymement par Gergorin au juge Renaud Van Ruymbeke, au printemps 2004. Selon Robert, Lahoud serait le véritable falsificateur des listings. La source du journaliste est un certain Florian Bourges, ancien auditeur de Clearstream pour le compte d’Arthur Andersen en 2001.
Vendredi soir, Robert et son éditeur gagnaient en appel. Lahoud était par ailleurs mis en examen. Deux événements ouvrant la voie à la sortie de l’ouvrage en librairie.
Pour les aficionados de l’affaire Clearstream, le passage central du nouveau livre de Denis Robert se trouve ici.
Par ailleurs, Airy Routier, journaliste au Nouvel Obs, auteur d’un ouvrage sur l’affaire Clearstream 2 à paraître la semaine prochaine (Le Complot des paranos) et dont le travail a été mis en cause vendredi par Robert dans un forum du NouvelObs.com, répond à ce dernier ici.

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