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| Anobli par Albert II en 2006, Dilip Mehta sert à la Belgique d’«ambassadeur économique» en Inde. (Photo: Belga) |
Marianne Belgique, 19 octobre 2013 (PDF)
médias | offshore | environnement | société
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L’encombrant Monsieur Mehta |
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| Anobli par Albert II en 2006, Dilip Mehta sert à la Belgique d’«ambassadeur économique» en Inde. (Photo: Belga) |
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Triodos au cœur de la planète offshore |

Via des investissements «exotiques» minoritaires, la banque Triodos se retrouve active dans des hauts lieux de la finance offshore. Cette présence au cœur du système brouille l’image de la banque éthique.
Marianne Belgique, 27 avril 2013 (PDF)
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Triodos aussi transite par les paradis fiscaux |

Pour financer certains projets, Triodos a créé des structures offshore au Luxembourg et au Panama. La banque citoyenne a aussi investi 8,4 millions d’euros dans six fonds domiciliés aux îles Caïmans, au Delaware et à Maurice. Des placements éthiques et durables, vraiment?
Pour les uns, ce sera un choc. Pour les autres, une demi-surprise. On ne peut certes pas mettre Triodos dans le même panier que la Deutsche Bank (974 entités offshore), BNP Paribas (283), KBC (163), ING (27) ou Belfius (16), dont la «culture offshore» est bien plus ancrée. N’empêche, pour une banque qui calibre depuis des années sa communication en surfant sur l’éthique et le «durable», cela fait mauvais genre...
Depuis 2002, plus ou moins discrètement, la petite banque batave a recours, elle aussi, aux paradis fiscaux pour réaliser certains investissements. Marianne a identifié 13 fonds ou sociétés offshore enregistrés au Luxembourg, au Panama, au Delaware, aux îles Caïmans ou à Maurice, pilotés en tout ou en partie par Triodos, quand la banque n’y investit pas elle-même du capital (voir liste ci-dessous).
Sulfureux, ces territoires? Le Grand-Duché, les îles Caïmans et le Panama ont été épinglés en 2009 par l’OCDE sur sa liste grise des paradis fiscaux non-coopératifs – une liste aujourd’hui quasi vide... Outre qu'elles sont très prisées par les grandes fortunes mondiales pour leurs trusts, qui facilitent la fraude fiscale, les îles Caïmans constituent aussi un terrain de choix pour la criminalité financière et les coups tordus: il y a quelques années, un banquier suisse y a été mystérieusement retrouvé calciné dans son 4x4.
L’île Maurice? Qualifiée de «trou noir de la finance» par le juge français Renaud Van Ruymbeke en 2009, car «Maurice protège les titulaires de comptes bancaires et assure leur anonymat, même face à des investigations judiciaires». Idem au Delaware, paradis fiscal et terre d'opacité financière au cœur même des Etats-Unis, où Viktor Bout, le trafiquant d’armes russe surnommé le «marchand de mort» utilisait deux boites aux lettres anonymes pour ses trafics...
Au Luxembourg, qui a toujours bloqué toute initiative européenne d'échange automatique d'informations fiscales (avant d'annoncer un assouplissement il y a dix jours), Triodos a créé pas moins de six fonds d’investissement «durables» logés au sein de deux sociétés d’investissement à capital variable (sicav). Le Triodos Sustainable Bond Fund, par exemple, spécule sur le géant de l’intérim Adecco, le constructeur BMW, une usine grecque d’embouteillage de Coca-Cola, ou encore l’alcoolier Diageo (Johnnie Walker, Smirnoff, J&B...).
Ces fonds grand-ducaux ont en tout cas le vent en poupe: il y a quelques semaines, le Triodos Sustainable Pioneer Fund s’est vu décerner le prix La Libre Belgique-De Standaard du meilleur fonds d’investissement socialement responsable, et le Triodos Sustainable Mixed Fund celui du meilleur fonds «mixte modéré euro» attribué par la société Morningstar.
Investissement calamiteux
Au Panama, les choses sont plus troubles. Via son fonds Hivos-Triodos spécialisé dans le financement du microcrédit dans les pays en développement, Triodos a créé, avec d’autres, Banex International Capital Corp (BICC) en novembre 2008. Détenue à 12,1% par la banque éthique, cette coquille offshore a été créée pour détenir les titres de la banque Banex au Nicaragua. Objectif: étendre, via ce QG panaméen, les activités de cette banque à d’autres pays d’Amérique centrale, dont le Honduras. Le choix du Panama? Dicté par la «situation politique volatile du Nicaragua en 2008», selon Gera van Wijk, porte-parole de Triodos aux Pays-Bas...
Cet investissement s’est en tout cas révélé calamiteux: le gendarme bancaire du Nicaragua a sifflé la fin de la récré à l’été 2010 et a définitivement liquidé Banex en août 2012. «Banex a été en mesure de rembourser intégralement les dépôts de ses épargnants locaux», précise toutefois Gera van Wijk. Qui ajoute que ProÉxito, autre institution contrôlée depuis le Panama par BICC, «a également arrêté ses opérations, son portefeuille de prêts ayant été repris par une autre institution financière au Honduras». Quant à BICC, elle a été officiellement dissoute le 24 mars dernier.
A Maurice, au Delaware et aux îles Caïmans, c’est un peu différent. Là-bas, Triodos ne gère pas personnellement des fonds offshore, mais y place du capital. Six fonds en profitent. «Triodos détient une participation minoritaire dans tous ces fonds et n’est souvent même pas représentée au conseil d’administration, précise la porte-parole de la banque. Au total, la banque a investi 8,4 millions d’euros dans ces six fonds offshore.»
Que font ces structures? L’EcoEnterprises Fund II investit, depuis le Delaware, dans des PME en Amérique Latine «qui visent à sauvegarder la biodiversité». Le BRAC Africa Loan Fund, domicilié aux îles Caïmans, investit dans des institutions de microfinance en Afrique de l’Est. L’India Financial Inclusion Fund fait pareil en Inde. Pourquoi est-il enregistré à l’île Maurice plutôt qu’à Mumbai ou Calcutta? «A cause de restrictions dans la législation indienne relative à ce type de fonds, répond Gera van Wijk. En Inde, il faut qu’au moins 25 % du capital d’un fonds provienne d’investisseurs indiens. Un critère difficile à respecter. A Maurice, où le secteur des services financiers est très développé, ce quota n’existe pas.»
Aux Pays-Bas, siège central de Triodos, non plus. Même si ces activités offshore ne représentent qu'une petite fraction des investissements de Triodos, en recourant à ces territoires opaques et criminogènes, la banque éthique ne leur donne-t-elle pas de la légitimité? En y payant des taxes gouvernementales et en rémunérant des intermédiaires locaux qui y administrent les fonds, ne les renforce-t-elle pas économiquement?
David Leloup
Les 13 structures offshore gérées ou investies par Triodos
Îles Caïmans
BRAC Africa Loan Fund (2009)
Delaware
MFX Solutions LLC (2009)
EcoEnterprises Fund II (2012)
Maurice
Africap Microfinance Investment Company (2002)
India Financial Inclusion Fund (2008)
Leapfrog Financial Inclusion Fund (2008)
Luxembourg
Triodos Renewables Europe Fund (2006)
Triodos Sustainable Bond Fund (2007)
Triodos Sustainable Equity Fund (2007)
Triodos Microfinance Fund (2009)
Triodos Sustainable Mixed Fund (2010)
Triodos Sustainable Pioneer Fund (2010)
Panama
Banex International Capital Corp (2008-2013)
Une version courte de cette enquête (mentionnant 10 structures offshore au lieu de 13) est parue dans Marianne le samedi 20 avril 2013.
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Fortis: des achats de subprimes accablants pour les ex-dirigeants |
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| (c) Belga |
Vendeurs | Actifs achetés par Fortis Banque ($) |
JP Morgan | 3 156 105 881 |
Bank of America | 1 747 850 000 |
Royal Bank of Scotland | 1 668 175 000 |
Morgan Stanley | 706 379 000 |
Goldman Sachs | 643 195 000 |
Deutsche Bank | 575 214 100 |
Merrill Lynch | 525 668 767 |
UBS | 475 947 000 |
Citigroup | 438 744 500 |
Credit Suisse | 402 947 000 |
Barclays | 302 378 000 |
TOTAL | 10 642 604 248 |
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Arnaud Lagardère placardise son «suicide médiatique» |
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| «Allez, on chante, là!»: la maman de Jade Foret et belle-mère de «Nono» lui intime l’ordre d’entonner la Marseillaise lors d’un match au stade de France. |
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Le Prince Bernard de Merode prête-nom au Panama |

Descendant de Charles Quint, le prince Bernard de Merode côtoie le milieu du renseignement économique. Il apparaît comme prête-nom dans 13 offshores panaméennes, visiblement pour de grosses fortunes qu’il gère depuis le Luxembourg.
Par David Leloup et Quentin Noirfalisse
Marianne Belgique, 11 mai 2013 (PDF)
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Roland Duchâtelet: «Ça devient dangereux pour moi» |

Crachats, jets d’œufs, voiture secouée… Des supporters du Standard hostiles à Roland Duchâtelet, le président du club, ont dérapé. Ils n’encaissent pas que l’homme d’affaires flamand décaisse 20 millions du club liégeois.
Marianne Belgique, 8 juin 2013 (PDF)
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Les 18 panaméennes du prince Henri de Croÿ-Solre |
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Des feux de l’Ommegang aux charmes discrets du Panama |

Descendant de Charles Quint, le prince Bernard de Merode côtoie le milieu du renseignement. Il apparaît comme prête-nom dans 13 offshores panaméennes, visiblement pour de grosses fortunes qu’il gère depuis le Luxembourg.
49 secondes, à peine le temps de poser une question. En vain: «Vous inventez… Vous avez peut-être trouvé mon nom, mais de toute façon je n’ai pas l’intention de parler de ce genre de choses.» Et René Bardiaux de nous raccrocher au nez. Un appel aussi bref qu’éclairant par le malaise qu’il suscite. Dans nos documents, le nom de ce Linkebeekois apparaît pourtant bien en août 1992 comme trésorier d’une offshore au nom saugrenu: The Finest S.A. («Le plus beau S.A.», en français).
Le président du CA n’est autre qu’un avocat d’Ixelles, Jean-Jacques van den Corput, peu loquace sur cette panaméenne: «Je suis prête-nom dans ce truc-là, c’est tout. J’interviens là-dedans pour faire plaisir à un ami qui n’est pas le bénéficiaire économique des comptes gérés par cette société. Il exerce des activités tout à fait légales de gestion de patrimoine pour des gens qui, pour autant que je sache, ne sont pas Belges.» René Bardiaux? «Je ne connais pas cette personne.»
Maître van den Corput ne nous en dira pas plus. Après plus de 20 ans à la tête de cette coquille, il affirme ignorer dans quelles banques se trouvent les comptes de cette société, et qui en est le bénéficiaire final...
Une information qu’Arias, Fabrega & Fabrega, le cabinet d’avocats panaméen qui gère l’offshore semble également ignorer. En janvier 2013, il a démissionné de sa fonction d’agent résident en vertu d’une loi de février 2011 votée sous la pression des Etats-Unis et du G20. Une loi qui l’oblige à connaître le bénéficiaire économique d’une offshore afin de lutter contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme…
Un «family office» à Luxembourg
Dans The Finest, on ne retrouve pas seulement René Bardiaux et notre avocat ixellois. Le 20 novembre 2006, c’est au tour du prince Bernard de Merode d’apparaître comme administrateur et trésorier de la société. Tous les deux ans, ce membre des hautes sphères aristocratiques belges interprète l’empereur Charles Quint, son ancêtre, lors de l’Ommegang sur la Grand-Place de Bruxelles.
Quand il ne prépare pas cette reconstitution historique de la venue, en 1549, de Charles Quint à Bruxelles, Bernard de Merode, 64 ans, s’affaire dans le secteur de la finance. L’homme cultive une discrétion quasi absolue. Son diplôme de droit financier sous le bras, il travaille dans le secteur bancaire belge, avant de bifurquer vers Londres, où une grande banque suisse l’emploie pendant dix ans. En 1995, il pose ses valises au Luxembourg, afin d’y lancer TNN Trust and Management S.A., un family office, c’est-à-dire une sorte de petite banque privée qui gère la fortune de richissimes familles «en vue de constituer, préserver et transmettre efficacement leur patrimoine aux générations suivantes», comme l’explique TNN sur son site.
Dans ses bureaux luxembourgeois, de Merode compte parmi ses collègues Philippe de Patoul, un vieux briscard de la finance. Né en 1947, ce Belge a travaillé en Irlande avant d’émigrer au Luxembourg dans les années 1990. Virtuellement en tout cas, les deux hommes sont bien présents au Panama. Le prince de Merode apparaît comme administrateur dans 13 offshores, dont 11 encore actives selon le registre panaméen. Pour les deux plus récentes, Taratosa Inc. et Kayado S.A., créées en 2007, de Merode annonce être domicilié dans sa résidence londonienne du quartier huppé de Chelsea. Dans 11 offshores sur 13, il siège avec de Patoul. Si la création de ces sociétés s’étale de 1983 à 2007, de Merode n’y apparaît pour la plupart qu’en novembre 2006.
Dans cette valse panaméenne, un troisième acteur apparaît de façon récurrente aux côtés du duo Merode-Patoul: le Britannique Michael Morrice. Il accompagne le tandem aristocratique dans six panaméennes. Tantôt domicilié à Londres, tantôt à Dublin, Morrice, 68 ans, a occupé près de 300 sièges d’administrateur dans des offshores anglaises et irlandaises. Un palmarès alléchant qui le consolera sûrement de n’apparaître «que» dans neuf panaméennes sur treize…
Détournement de fonds européens
En 1998, Morrice et de Patoul sont cités dans l’«affaire Echo», un scandale de corruption et de détournements de fonds humanitaires européens via de faux contrats de sous-traitance avec la Commission, le tout orchestré par le Français Claude Perry. Dans la presse de l’époque, de Patoul est présenté comme un «homme clé» servant de relais à Dublin pour les montages financiers offshore de Perry.
De son côté, de Merode est aussi actif, depuis 2001, dans une société méconnue: Risk Analysis. Implantée en Angleterre mais bénéficiant d’un bureau à Luxembourg en charge du Benelux, Risk Analysis s’active dans le renseignement financier. La société est sortie de l’ombre en 2004 quand le gouvernement anglais de Tony Blair l’a engagée afin d’identifier une taupe qui avait fait fuiter des documents sensibles à la presse. Son tarif? 6.000 euros par jour, selon le Sunday Times. Risk Analysis effectue également de la due diligence, c’est-à-dire des enquêtes poussées sur la solvabilité et la réputation d’individus ou d’entreprises. Son fondateur, Christopher Davy est un ancien des services britanniques de renseignement intérieur, le fameux MI5, de même que son directeur exécutif Martin Flint.
Bien que Risk Analysis et TNN partagent la même adresse luxembourgeoise, a priori rien ne lierait les activités de renseignement du prince à sa présence dans 13 panaméennes. Les sociétés offshore les plus anciennes cacheraient-elles des fortunes qui furent gérées par de Patoul en Irlande, puis reprises par TNN au Luxembourg après sa création? Quant aux offshores récentes, dont deux ont été dissoutes en mai 2012 et avril 2013, sont-elles liées au family office? Ont-elles servi pour des investissements ou de l’optimisation fiscale de clients belges?
Marianne a tenté, à de nombreuses reprises, de joindre Bernard de Merode ces deux dernières semaines. Des messages ont été laissés à son attention. Jamais il ne nous a rappelés. Quant à Philippe de Patoul, il a immédiatement raccroché lorsque nous avons prononcé les mots «sociétés offshore». Depuis, son téléphone ne répond plus…
D.L. et Q.N.
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L’héritage perdu de Geert van Istendael? |

Auguste Vanistendael, pilier du mouvement syndical chrétien, apparaît comme trésorier d’une mystérieuse offshore toujours vivante: J.A.M.E. International Inc. Amnésique à la fin de sa vie, aurait-il oublié de transmettre ce patrimoine à ses enfants?
Par David Leloup et Quentin Noirfalisse
Marianne Belgique, 11 mai 2013 (PDF)
Aujourd’hui, il serait surtout reconnu par les plus jeunes générations comme un mémorable «père de». C’est qu’Auguste Vanistendael (1917-2003), Ministre d’Etat, figure historique du syndicalisme et poète à ses heures, compte parmi ses quatre enfants un écrivain et essayiste flamand bien connu, auteur du Labyrinthe belge, et qui a choisi pour nom de plume son patronyme dans une version scindée et «anoblie»: Geert van Istendael.
Décédé il y a tout juste dix ans, Vanistendael père a mené une carrière longue et foisonnante au sein des syndicats chrétiens à l’échelle belge, dès les années 1930, puis internationale. On lui reconnaît un rôle dans l’élaboration de notre sécurité sociale, notamment lorsqu’il prit les rênes de la Centrale nationale des employés (CNE) peu avant la fin de la Seconde Guerre mondiale. En 1947, Vanistendael devient secrétaire-général adjoint de la Confédération internationale des syndicats chrétiens, avant d’en prendre la tête cinq ans plus tard. Très vite, il entame une vie aventureuse, aux quatre coins de la planète. En Amérique latine, le syndicaliste cherche à structurer les embryons de mouvements ouvriers catholiques qui fleurissent ça et là.
La vie de famille passe au second plan, entre un aller-retour vers Santiago de Chili ou Caracas, une contribution en tant qu’auditeur laïc au Concile Vatican II et une rencontre avec son ami le chancelier allemand Conrad Adenauer, dont il fut le conseiller. Vanistendael n’en gagne pas moins le respect de son fils Geert, qui rappelle que son père était parfois affectueusement appelé «Don Augusteo». «Il a répandu l’esprit syndical dans le monde entier, à une époque où l’on réfléchissait encore en termes de colonies, déclarait Geert en 2006 à un magazine européen. Il a voyagé avec un message peu habituel, donnant confiance aux gens alors que les Africains étaient considérés comme des demi-sauvages et les latino-américains comme des tire-laine moustachus, façon général Alcazar.»
Quelques années après la mort d’Auguste, Geert est parti en Amérique latine sur les traces de son père. Pour écrire un livre: Discussion avec mon dieu mort. «Il était opposé de façon virulente au communisme, mais aussi aux syndicats de la social-démocratie qui, là-bas, étaient vendus aux Etats-Unis et aux services secrets, nous raconte Geert van Istendael. Il cherchait une troisième voie, radicale mais démocratique, et apporta de l’argent et son expérience à ces petits syndicats chrétiens indépendants.»
Selon l’écrivain flamand, Auguste jouera un rôle actif dans l’élection du président chilien Eduardo Frei, le prédécesseur de Salvador Allende. Frei incarne bien cette troisième voie «radicale»: il s’opposera à la fois au socialiste Allende et au régime militaire de Pinochet, lequel l’empoisonnera en 1982. «Lors de la campagne électorale pour Frei en 1964, explique Geert van Istendael, une partie de l’argent venait des syndicats belges et hollandais, mais aussi des évêques allemands, car mon père avait établi d’excellentes relations avec l’Eglise de la République fédérale allemande.»
Outre Auguste Vanistendael, un autre Belge épaulait Frei dans sa campagne: le jésuite Roger Vekemans, décédé en 2007, et lui-même bon ami d’Auguste. Vekemans aurait pressé l’administration Kennedy pour qu’elle contribue financièrement à l’élection de Frei. La CIA aurait ainsi accordé, selon les sources, de 3 à 5 millions de dollars pour soutenir la campagne de Frei dans un contexte de Guerre froide visant à balayer la candidature «rouge» d’Allende.
Présent sur tous les fronts, Vanistendael sera l’un des premiers à s’engager dans l’aide au développement. Il achèvera son impressionnant parcours à la tête de l’association de bienfaisance Caritas Catholica, avant de prendre sa retraite en 1983. La même année, le très pieux roi Baudouin le nomme Ministre d’Etat.
Puis surgit un étrange «trou noir» dans cette vie si bien documentée. Le 2 octobre 1984, Auguste Vanistendael devient administrateur et trésorier d’une société panaméenne mystérieusement baptisée J.A.M.E. International Inc. A ses côtés au conseil d’administration, un certain Janusz Sleszynski, vice-président et secrétaire, et un notaire salvadorien, Alfonso Alvarez Geoffroy, président du CA, qui détient un «pouvoir général» sur l’offshore. Tous les trois déclarent habiter à Key Colony, confortable complexe d’appartements et d’espaces de loisir dans le village résidentiel de Key Biscayne, sur une île dorée au large de Miami…
Un domicile qui ne cadre guère avec le parcours d’Auguste Vanistendael, ni dans le style ni dans la géographie. Quant à l’offshore, son fils, qui a pourtant enquêté sur son père, compulsé des centaines d’archives et rencontré nombre de ses proches, affirme n’en avoir jamais entendu parler... «Mon père avait déjà 67 ans à l’époque, mais c’est vrai qu’il a voyagé jusqu’à un âge très avancé en Amérique latine. Cette société est intrigante, je vous le concède», commente Geert van Istendael, sans sembler très surpris.
Le notaire salvadorien? Inconnu de l’écrivain flamand. Et Marianne n’a pas pu le pister. Par contre, à l’évocation du nom de Janusz Sleszynski, Geert van Istendael est formel: oui, son père en a été l’ami proche. «Ils ont travaillé ensemble, Janusz était un citoyen américain descendant de la noblesse polonaise, me semble-t-il, mais qui avait son bureau à Genève.» Comme Vanistendael, Sleszynski a jonglé avec plusieurs vies. Né en 1917, à l’instar d’Auguste, il sera pilote dans l’armée de l’air polonaise durant l’invasion allemande, avant de s’échapper pour combattre aux côtés des Français. La guerre terminée, il se marie et file aux Etats-Unis pour y travailler dans l’import-export.
Dès les années 1950, Sleszynski va s’impliquer dans de nombreuses réunions fondatrices de la démocratie chrétienne internationale, partout à travers l’Europe et l’Amérique du Sud. C’est ainsi qu’il rencontre Vanistendael. En 1961, les deux hommes tentent même d’organiser une rencontre entre le président du parti chrétien-démocrate vénézuélien, Konrad Adenauer et John Kennedy. Mais ce projet avorte.
Sleszynski disparaîtra en 1985, sans avoir pu assister à la chute du communisme. C’était bel et bien lui qui, à la fin de sa vie, habitait à Key Biscayne, le domicile renseigné dans les documents de J.A.M.E. International. Les emails de Marianne adressés à sa veuve, qui réside toujours là-bas, n’ont pas reçu de réponse. Sa fille, installée à Bruxelles, affirme ignorer l’existence de cette panaméenne et trouve toute cette histoire «incroyable et intrigante». Ancienne fonctionnaire aux Nations Unies, la veuve de Sleszynski détient sans doute la clé du mystère de cette offshore, toujours vivante selon le Registre panaméen des sociétés... Mais à l’heure où nous bouclons, sa fille n’a pas réagi à notre demande d’éclaircir cette affaire avec sa mère.
On ne peut donc que spéculer. Cette panaméenne servait-elle à abriter un discret héritage? Si tel est le cas, Auguste Vanistendael a-t-il servi de prête-nom pour son ami Janusz? Ou est-ce l’inverse, vu qu’Auguste occupe le poste clé de trésorier au sein de l’offshore? Atteint d’importants troubles de la mémoire à la fin de sa vie – son fils évoque une raréfaction progressive de «ses éclairs de clarté» –, Auguste aurait-il oublié l’existence même de cette offshore, qui se serait ainsi «perdue» dans les limbes de sa succession?
On ne peut pas non plus exclure l’hypothèse que J.A.M.E. International ait été liée aux activités politiques des deux hommes en Amérique du Sud. Un blogueur littéraire livrant son sentiment sur Discussion avec mon dieu mort, le livre-hommage de Geert à son père, souligne qu’«il ne fait aucun doute qu’Auguste Vanistendael était un gestionnaire peu transparent et que sa comptabilité était chaotique.» Et Geert van Istendael de conclure: «La vérité se trouve sans doute quelque part en Amérique latine», évoquant, sibyllin, cette intrigante «zone grise qui existe dans l’histoire de l’action syndicale chrétienne en Amérique du Sud»…
D.L. et Q.N.