samedi 15 mars 2014

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Drôle de manège entre Embourg, Gibraltar et les îles Vierges

Les 200.000 euros de droits d’enregistrement du terrain de l’ancien manège d’Embourg ont été payés au notaire via une société écran de Gibraltar. (Photo: Google)
Inculpé en octobre 2013 pour corruption dans le cadre du marché public de l’incinérateur d’Herstal, Léon-François Deferm cherche à investir, via des prête-noms, 10 millions d’euros dans un projet immobilier sur les hauteurs de Liège. Une partie des fonds provient d’une société écran de Gibraltar. La cellule antiblanchiment (CTIF) aurait par ailleurs été alertée de mouvements suspects sur le compte du fils de l’homme d’affaires…

Inculpé il y a quelques mois par la justice liégeoise pour corruption active, faux et usage de faux, Léon-François Deferm, 70 ans, a reconnu devant les enquêteurs avoir touché un million d’euros de commissions occultes lors de l’attribution, à la société française Inova, du marché public relatif à la construction de l’incinérateur Uvelia de l’intercommunale Intradel à Herstal.

Pour rappel, grâce à des perquisitions et des commissions rogatoires internationales (notamment au Luxembourg), les enquêteurs de la police judiciaire de Liège détiennent les preuves que Léon-François Deferm a perçu, entre 2006 et 2008, un million d’euros d’Inova, via une cascade de fausses factures présumées navigant entre Paris, Spa, Vaduz et Luxembourg. Objectif: remercier l’homme d’affaires pour son «coup de pouce» ayant permis à Inova de remporter le lucratif marché liégeois de 170 millions d’euros.

Un million à Panama et Vaduz

Du million palpé par Deferm, 583.000 euros se sont retrouvés sur le compte luxembourgeois de Cartwright Corp. Inc. (une société écran panaméenne) et 352.000 euros sur celui de Robiro-Invest (une offshore établie au Liechtenstein), deux opaques véhicules financiers contrôlés par Deferm.

L’homme d’affaires tenterait-il à présent de réinvestir tout ou partie de ces commissions occultes dans un projet immobilier à Embourg? Ou en dépenses diverses en utilisant le compte bancaire de son fils pour brouiller les pistes? Ces questions n’ont rien de saugrenu en regard de l’opacité extrême entourant deux récentes opérations financières dont nous avons pu prendre connaissance.

De quoi parle-t-on? Du rapatriement, en Belgique, de fonds détenus par deux obscures sociétés écrans basées à Gibraltar et aux îles Vierges britanniques. Vu la destination des fonds – des sociétés belges dont les enfants Deferm hériteront ou sont actionnaires – et le goût immodéré de Léon-François Deferm pour les montages offshore (lire encadré ci-dessous), il y a peu de doute que ces sociétés écrans ne soient pas contrôlées par l’homme d’affaires liégeois. Mais pourquoi diable tant d’opacité si l’origine des fonds est légale?

Bacquelaine buvait du petit lait

La première opération suspecte intervient dans le cadre d’un ambitieux projet immobilier dans la banlieue cossue de Liège: la construction de 32 appartements répartis sur quatre immeubles sur le site d’un ancien manège de 7.000 m² à Embourg. Estimé à 10 millions d’euros, le projet est porté par la société belge Alizé du Sud, qui a introduit en octobre 2013 une demande de permis d’urbanisme à la commune de Chaudfontaine (qui englobe Embourg).

Dix offres avaient été remises, en janvier 2012, à l’administration communale pour l’achat du terrain. Alizé l’avait emporté avec une offre de 1.201.000 euros, soit bien plus que l’estimation de 700.000 euros réalisée pour la vente. Daniel Bacquelaine, député-bourgmestre MR de Chaudfontaine et tête de liste à la Chambre pour la circonscription de Liège le 25 mai prochain, buvait du petit lait. Mais sait-il que les droits d’enregistrement du terrain versés au notaire proviennent d’une obscure offshore de Gibraltar, Congleton Properties Limited?

Prête-noms à tous les étages

Minuscule territoire d’outre-mer du Royaume-Uni, Gibraltar, 29.000 habitants, est un satellite de la City de Londres. Un fournisseur d’opacité officiel de la Couronne d’Angleterre, à l’instar de Jersey ou des îles Vierges. Congleton, créée le 19 avril 2012 – soit six semaines avant l’expiration du délai légal pour payer le terrain – est entièrement pilotée par la société fiduciaire Gibro Corporate Management. Laquelle fournit des prête-noms pour les administrateurs, mais aussi pour les… actionnaires.

Ainsi, aux yeux des autorités locales, Congleton appartient à Gibro, officine gérée par un certain Stuart Rodriguez, avocat britannique de son état. Seul Rodriguez connaît donc le nom du ou des véritables actionnaires de Congleton. On fait difficilement plus opaque…

Prêt «offshore» de 200.000 euros

Selon nos informations, depuis une augmentation de capital réalisée en décembre 2013, Alizé du Sud appartient à 79% à SFMI SA, une société belge contrôlée par Léon-François Deferm via différents prête-noms. Deux de ses enfants posséderaient chacun 4,2% d’Alizé et… Congleton les 12,6% restants.

Le 20 avril 2013, Michel Vander Elst, l’homme-lige de Léon-François Deferm et représentant d’Alizé, envoie un mail au notaire Stéphane Delange. Ce dernier chapeaute l’opération immobilière liégeoise. Vander Elst l’informe de l’existence d’un «prêt à Alizé pour le paiement des droits de mutation du terrain d’Embourg». Le montant? 200.000 euros. Le prêteur? Congleton. Le but du prêt? Payer les droits d’enregistrement du terrain au notaire. Il était temps. Le terrain avait été payé in extremis à la commune le 30 mai 2012, dernier jour du délai légal. Le notaire aura pour sa part encore dû patienter près d’un an supplémentaire!

160.000 euros virés depuis Tortola

La deuxième opération suspecte serait quant à elle remontée jusqu’à la Cellule de traitement des informations financières (CTIF), le dispositif fédéral de lutte contre le blanchiment et le financement du terrorisme. Selon nos informations, la CTIF aurait reçu fin 2012 une déclaration de soupçons de blanchiment de la banque Belfius, suite à une alerte lancée par son agence d’Embourg.

Cette déclaration – obligatoire pour une série de professionnels (banquiers, assureurs, notaires, avocats…) témoins de mouvements de fonds suspects supérieurs à 10.000 euros – est liée à un obscur virement étranger réalisé sur le compte du fils de Léon-François Deferm par une société offshore contrôlée semble-t-il par l’homme d’affaires liégeois.

Le mardi 27 novembre 2012, Canongate Group Limited, société écran domiciliée à Tortola (îles Vierges britanniques), vire 160.000 euros sur le compte BE68 0835 9568 9834 de V. Deferm ouvert à l’agence Belfius située Voie de l’Ardenne à Embourg. Il faut savoir que le jeune homme, âgé de 20 ans, souffre d’un handicap mental et n’est pas en mesure de gérer lui-même ses finances...

«Compte de transit»

Son compte a semble-t-il été utilisé comme «compte de transit», vraisemblablement par son père, actionnaire présumé de Canongate. En effet, dans les trois jours qui suivirent l’arrivée des fonds, ceux-ci ont été redirigés vers d’autres comptes: 15.000 puis 8.000 euros ont été virés à la société belge Immo 30 contrôlée par Léon-François Deferm, 15.000 euros ont atterri sur le compte d’une de ses filles, 19.000 euros sur un compte destiné à payer les loyers en 2013 d’une maison occupée par son ex-épouse, et 103.000 euros sur un autre compte ouvert au nom de V. Deferm – et donc non piloté personnellement par le jeune homme.

D’où provient l’argent de Congleton et Canongate? Mystère. Il pourrait certes s’agir de fonds gagnés légalement par l’homme d’affaires. Mais dans ce cas, pourquoi tant d’opacité? Pourquoi se cacher derrière prête-noms et sociétés écrans dans des paradis fiscaux sulfureux?

David Leloup



Un habitué des véhicules offshore

Léon-François Deferm profite du charme discret des paradis fiscaux depuis au moins quatre décennies. Et ce grâce à son éminence grise, l’avocat déchu Michel Vander Elst, qui réalise tous les montages offshore. Canongate Group (îles Vierges) et Congleton (Gibraltar) ne sont que deux récents soubresauts d’une longue saga offshore dont nous vous livrons quelques uns des épisodes précédents...


Robiro-Invest (Liechtenstein). A Vaduz, Léon-François Deferm se cache derrière Robiro-Invest, créée en 1973. Cet Anstalt (établissement), géré localement par le petit-fils d’un ancien patron du fisc liechtensteinois, a récupéré 352.000 euros du million de commission occulte touchée par Deferm dans l’affaire Intradel.

Tradeast Network Limited (Gibraltar). Créée le 15 septembre 1994 et dissoute en 2002, cette offshore aurait été créée pour racheter GPOM, le groupe de l’homme d’affaires congolais Pierre Otto Mbongo, proche du président du Congo-Brazzaville Denis Sassou-Nguesso. Fin 1994, le président de l’offshore est Léon-François Deferm et son vice-président Philippe Cravate.

Sumo SA (Luxembourg). Créée en 1989 et gérée par la fiduciaire de Robert Reckinger, l’ex-président de la Banque de Luxembourg, Sumo SA a compté parmi ses administrateurs Deferm, Vander Elst, Lautraite et Scailquin (lire ci-dessous). Elle a été liquidée en juin 2010, juste après les perquisitions chez Vander Elst à Bruxelles dans le cadre de l’enquête Intradel.

Cartwright Corp. Inc. (Panama). Les Reckinger père et fils avaient déjà créé, en 1984 à Panama, l’offshore Cartwright Corp. Inc. pour Deferm. Celle-ci a récupéré, sur son compte luxembourgeois, 583.000 euros du million de commission touché par l’homme d’affaires dans le dossier Intradel. En août 2008, Cartwright a payé la location du yacht White Lady of Man pour Alain Mathot sur la Riviera. L’offshore a été dissoute en août 2013, quelques semaines après les révélations de M... sur son rôle dans l’affaire Intradel.
D.Lp



«Il voulait faire remonter les bénéfices aux Antilles néerlandaises»

«Quand on a décidé de développer Comgis, Deferm a immédiatement proposé une structure où les bénéfices remontaient dans une société aux Antilles néerlandaises. Cela semblait pour lui un montage évident», se souvient Laurent Minguet. Cet entrepreneur liégeois et son associé Claude Darimont ont un temps côtoyé Léon-François Deferm comme actionnaires au sein de Comgis, une société de cartographie numérique. Mais Deferm a tenté de doubler ses deux partenaires lors de tractations avec des investisseurs vietnamiens. En «mésintelligence profonde» selon la justice, Deferm a essayé d’obtenir des droits de distribution concurrents sous le nom de sa société luxembourgeoise Sumo SA. En 2005, la Cour d’appel de Liège a confirmé la condamnation de Deferm en première instance, et l’a contraint à rendre à Minguet et son associé, pour un euro symbolique, les 440 actions qu’il détenait dans le capital de Comgis.
D.Lp



Les «seconds rôles» d’un passé trouble

Agusta, Dutroux-Nihoul, VDB, Intradel… Autant d’affaires funestes qui ont ébranlé la Belgique ces 25 dernières années. Et dont on retrouve curieusement plusieurs acteurs secondaires parmi les administrateurs passés ou actuels d’Alizé du Sud et de SFMI, son actionnaire principal depuis décembre 2013.

Michel Vander Elst. Cet ancien avocat a été condamné à 8 ans de prison pour complicité dans l’enlèvement de VDB, l’ancien Premier ministre Paul Vanden Boeynants, par la bande de Patrick Haemers en janvier 1989. Dans la foulée, il noue une amitié avec Michel Nihoul, rencontré à la prison de Forest. Jugé, radié du barreau, il devient le bras droit de Léon-François Deferm et expert ès montages offshore. Vander Elst a été administrateur d’Alizé et de SFMI de 2005 à février 2013.

Philippe Cravate. Actionnaire de la société Management Car et associé de Vander Elst au sein de l’ASBL Egam dans les années 1990, on le retrouve avec Nihoul et Vander Elst au fameux barbecue du 9 août 1996, le soir de l’enlèvement de Laetitia Delhez par Marc Dutroux à Bertrix. Ce barbecue servira d’alibi à Nihoul. Domicilié à la résidence Marina de Pierre Otto Mbongo à Brazzaville au milieu des années 1990, Cravate fut administrateur d’Alizé et SFMI jusque fin 1997. Il vit désormais à Casablanca.

Claude Scailquin. La société Management Car, dirigée par Léon-François Deferm, Philippe Cravate et Claude Scailquin, a fourni entre 1991 et 1996 une Audi 80 en leasing à Nihoul, permettant à ce dernier de circuler incognito. Management Car était une filiale de Intres Management, qui a été rebaptisée… Alizé du Sud en février 2003. Scailquin démissionnera de son poste d’administrateur de SFMI en mai, puis d’Alizé en novembre.

Gérard Martin. En janvier 2004, ce Basque résidant à Séville (Espagne) accompagnait Deferm et Vander Elst lors de leur visite à la CNIM, société concurrente d’Inova pour le marché de l’incinérateur d’Herstal. Les trois hommes ont proposé à un cadre la garantie d’emporter le marché contre une commission de 8%. Martin a été administrateur d’Alizé et de SFMI de 2000 à 2008.

Jean-Philippe Lautraite. En 1988, Deferm crée avec Lautraite et un Américain le groupe Trident pour reprendre, à Liège, la société informatique Unisys en faillite. Trident est suspectée d’avoir détourné une partie – on parle de 4,2 millions d’euros – des commissions versées à des intermédiaires par la firme italienne Agusta lors de l’achat par l’Etat belge, en 1988, de 46 hélicoptères de combat. En février 2013, Lautraite remplace Vander Elst comme administrateur d’Alizé et de SFMI.
D.Lp


Une enquête publiée dans M... Belgique (ex-Marianne Belgique) du 1er mars 2014.

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samedi 9 février 2013

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La face cachée du business de Franco Dragone

Franco Dragone, l’enfant prodigue de La Louvière, est suspecté par la justice montoise d’«infractions fiscales internationales graves et organisées» et de «blanchiment d’argent». Des îles Vierges britanniques au Luxembourg, en passant par la Suisse, la Hongrie et Madère, notre enquête exclusive braque les projecteurs sur la face cachée de son lucratif business: une constellation de sociétés offshore situées dans des paradis fiscaux, qui récoltent les gigantesques profits de ses méga-shows joués à Las Vegas et Macao. Cela à mille lieues de la Belgique, où les spectacles sont pourtant imaginés, conçus, répétés. Et où les sociétés du groupe enregistrent des pertes. Année après année.

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lundi 27 juin 2011

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La galaxie offshore de Luciano D’Onofrio

Panama, Liechtenstein, Îles Vierges, Pays-Bas, Irlande...

La fortune personnelle de l’ex-homme fort du Standard de Liège se trouve sur des comptes suisses détenus par un réseau de sociétés écran pilotées par Maurizio Delmenico: deux holdings, quatre réceptacles de fonds occultes présumés, trois véhicules réinjectant ces fonds dans l’économie légale, et une mystérieuse panaméenne inconnue des enquêteurs...


C’est à Tortola (Îles Vierges britanniques) qu'étaient domiciliées les deux obscures sociétés actionnaires de Barnross Developments (Irlande), une offshore contrôlée par Luciano D'Onofrio, l'ex-dirigeant du Standard. Lors de transferts de joueurs, Barnross aurait surfacturé de pseudos services de consultance à certains clubs, pour ensuite reverser ces sommes en noir aux joueurs transférés. (Photo: Johnny Shaw/Flickr/CC)

C’est un véritable réseau, opaque, de sociétés offshore domiciliées aux quatre coins du globe, qui était piloté par Maurizio Delmenico pour chapeauter les activités professionnelles de son ami Luciano D’Onofrio, l’ex-agent de Zidane et ex-homme fort du Standard de Liège.

Pour rappel, les deux hommes ont été inculpés, mercredi dernier, par le juge d’instruction liégeois Philippe Richard pour faux, usage de faux et blanchiment d’argent dans le cadre d’une association criminelle. Ils risquent jusqu’à cinq ans de prison et des amendes.

Le Soir a identifié pas moins de dix coquilles administrées par Delmenico, l’«architecte» de ces montages. Trois offshore sont domiciliées au Panama, deux au Liechtenstein, deux aux Îles Vierges britanniques, une aux Pays-Bas, une en Irlande et une au Royaume-Uni. Au moins cinq de ces coquilles sont encore actives aujourd’hui.

Toutes ces sociétés auraient des comptes bancaires en Suisse, plaque tournante des flux financiers de Luciano D’Onofrio. Un homme qui cultive la discrétion à l’extrême: son nom n’apparaît officiellement que dans deux panaméennes. Mais il contrôlerait, selon une source proche du dossier, les huit autres coquilles via des prête-noms – dont principalement Delmenico.

Cette galaxie de sociétés offshore financièrement interconnectées sert essentiellement deux objectifs. D’abord, récolter les commissions perçues par D’Onofrio lors des dizaines de transferts de joueurs dans lesquels il est intervenu, soit comme agent, soit comme «facilitateur» entre un club et un autre agent. Au moins quatre offshore auraient été utilisées à cette fin par l’ex-vice-président du Standard.

Ensuite, dans un second temps, il s’agit de réinjecter ces fonds dans l’économie réelle. Trois offshores ont joué ce rôle en Belgique, en investissant dans la SA Standard de Liège ou en achetant des biens immobiliers (appartement, maisons).

L’inculpation de Luciano D’Onofrio et de Maurizio Delmenico signifie que la justice estime posséder suffisamment d’éléments attestant qu’une partie des commissions perçues par D’Onofrio sont le fruit de fausses factures et ont échappé au fisc et à la sécurité sociale. Bref, qu’il s’agirait d’argent noir et que celui-ci aurait ensuite été blanchi en Belgique via des sociétés-écrans domiciliées aux Pays-Bas, au Panama et au Liechtenstein.

Outre D’Onofrio et Delmenico, cinq sociétés ont été inculpées par la justice liégeoise en tant que personnes morales: Mondial Service International Ltd. Inc. (Panama), International Agency for Marketing Ltd. (Liechtenstein), Corporate Press Limited (Royaume-Uni), Alalunga Anstalt (Liechtenstein), et Kick International Agency B.V. (Pays-Bas).

Contacté par Le Soir, Luciano D’Onofrio n’a souhaité faire «aucun commentaire sur cette affaire». Quant à Maurizio Delmenico, il n’était pas joignable ce week-end.

David Leloup


Les dix sociétés écran

1 Mondial Service International Ltd. Inc.
Domicile: Panama City, Panama
Création: 5 novembre 1986
Statut: active


Créée à l’époque où Luciano D’Onofrio était manager général du FC Porto, Mondial Service (MSI) apparaît dans l’affaire de la comptabilité occulte du SC Toulon, un scandale qui éclate au début des années 1990. En 1989, cette offshore émet une fausse facture d’une valeur de 222.000 euros au préjudice du SC Toulon pour des frais fictifs «de commission, publicité et marketing». Une partie de cet argent sera discrètement reversée à Rolland Courbis, à l’époque l’entraîneur du club. En 1995, D’Onofrio sera condamné pour ces faits par le tribunal correctionnel de Marseille: un an de prison avec sursis et 7.600 euros d’amende. MSI, dont Delmenico est le trésorier, est toujours active aujourd’hui: c’est elle qui loue la maison de D’Onofrio à Alalunga (lire ci-dessous). Autrement dit, Luciano D'Onofrio se loue sa propre maison via deux offshore qu’il contrôle...


2 International Agency for Marketing Ltd.
Domicile: Vaduz, Liechtenstein
Création: 20 avril 1988
Statut: active


Créée moins de deux ans après MSI, cette offshore a servi de caisse de transit pour la réception et le paiement de commissions occultes dans le cadre des transferts de plusieurs joueurs de l’Olympique de Marseille (OM), entre 1997 et 1999. Peu après l’acquisition de Fabrizio Ravanelli par l’OM en 1997, une commission de 808.000 euros a été versée sur le compte suisse d’IAM à la Corner Banca de Lugano. Sur ordre de Maurizio Delmenico, administrateur d’IAM, celle-ci reversera une rétrocommission de 152.000 euros à Rolland Courbis sur le compte anonyme «Frizione» ouvert à la Corner Banca.
Les statuts d’IAM ont été modifiés le 26 avril 2004, deux jours après que le juge d’instruction Richard ait été saisi de l’affaire.


3 Corporate Press Limited
Domicile: Londres, Royaume-Uni
Création: 11 juillet 2002
Statut: dissoute (juin 2011)


C’est l’une des deux sociétés identifiées créée après l’arrivée de Luciano D’Onofrio au Standard. Delmenico en est l’unique directeur depuis 2002. Le capital de cette société de consultance, soit 1.000 livres sterling, est réparti en une seule action au porteur détenue par D’Onofrio. Pourtant, dans les comptes 2007 que Le Soir s’est procurés, Delmenico déclare être «incapable d’identifier le bénéficiaire ultime de la société».
Lors de perquisitions, les limiers liégeois ont découvert des fausses factures émises par Corporate Press lors de plusieurs transferts, dont celui de Sergio Conceiçao, à l’été 2003, de l’Inter de Milan à la Lazio de Rome.


4 Barnross Developments Limited
Domicile: Dublin, Irlande
Création: 3 décembre 1992
Statut: dissoute (2001)


Créée par une fiduciaire de Guernesey, Barnross Developments aurait surfacturé des services de consultance, jugés bidon par les limiers liégeois, pour ensuite reverser ces sommes comme compléments de salaires à des joueurs fraîchement transférés.
Selon les derniers comptes que Le Soir s’est procurés, le chiffre d’affaires de Barnross atteignait 4.407.842 francs suisses en 1999, soit plus de 110 millions de francs belges à l’époque (2,7 millions d’euros). Fait significatif, l’auditeur qui a validé ces comptes indique dans son rapport qu’il a été «incapable de vérifier le chiffre d'affaires et le montant des ventes car les commissions et les frais étaient fondés sur des accords verbaux».
L’actionnariat de Barnross est encore plus opaque que ses comptes puisqu’il s’agit de deux offshore domiciliées aux Îles Vierges britanniques, l’un des paradis fiscaux les plus secrets de la planète...
Dissoute en 2001, Barnross était domiciliée au 41 Central Chambers à Dame Court, dans le quartier des banques de Dublin. Cette adresse est celle du cabinet Kearney Curran & Co., l’un des principaux «grossistes» irlandais en sociétés offshore, où sont domiciliées des centaines d’autres sociétés boite-aux-lettres.


5 Selancy Corporation
Domicile: Panama City, Panama
Création: 11 janvier 2005
Statut: active


C’est la seule offshore du réseau à avoir été fondée après l’ouverture de l’instruction judiciaire liégeoise, fin avril 2004. Delmenico en est le trésorier, mais c’est Luciano D’Onofrio en personne qui est aux commandes de Selancy, en tant que directeur et président du conseil d’administration, depuis le 30 mars 2005. Selon nos informations, les enquêteurs ignorent le rôle exact joué par cette société dans le réseau offshore de Luciano D’Onofrio. Lors de leur perquisition à la fiduciaire de Delmenico, à Lugano, les limiers liégeois n’ont rien trouvé concernant cette société. Pour l’heure, donc, Selancy reste un gros point d’interrogation...


6&7 Statefare Securities Limited
& Whitecourt Holdings Limited

Domicile: Tortola, Îles Vierges britanniques
Création: inconnue
Statut: inconnu


Domiciliées à Road Town, sur l’île de Tortola dans les Îles Vierges britanniques, Statefare Securities et sa jumelle Whitecourt Holdings détenaient à elles deux les 2.000 actions de l’irlandaise Barnross Developments. Les deux
sociétés holding sont gérées par la même fiduciaire de Guernesey, celle qui a créé Barnross en Irlande.
Aux Îles Vierges, le registre des sociétés n’est pas public. De plus, il ne renseigne ni le nom des administrateurs ni celui des actionnaires. Seule une commission rogatoire permet d’obtenir ces informations, au terme d’une procédure souvent très longue... Selon nos informations, les enquêteurs liégeois n’ont pas envoyé de commission rogatoire à Tortola.


8 Harry Finance & Trade Inc.
Domicile: Panama City, Panama
Création: 12 décembre 1988
Statut: dissoute (2003)


Lorsqu’il revient à Liège en 1998, fortune faite, Luciano D’Onofrio s’installe dans un appartement haut de gamme de 120 mètres carrés, perché au dernier étage du somptueux hôtel de Grady au 13 rue Saint-Pierre. Officiellement, l’appartement est acheté en 1999 par Harry Finance & Trade, une offshore administrée de décembre 1998 jusqu’à sa dissolution, en octobre 2003, par Maurizio Delmenico et deux prêtes-noms panaméens.
Luciano D’Onofrio n’apparaît pas dans les statuts de la société, et l’origine des fonds ayant servi à l’achat de l’appartement reste à ce jour un mystère. Cet achat pourrait bien être la première opération de blanchiment présumé en bord de Meuse.
A l’époque, le voisin direct du nouvel homme fort du Standard n’est autre que l’architecte Charles Vandenhove. En 2000, D’Onofrio le chargera de rénover, à grands frais, le très chic hôtel particulier du 18e siècle qu’il occupe aujourd’hui, rue Bonne Fortune à Liège.


9 Alalunga Anstalt
Domicile: Vaduz, Liechtenstein
Création: 19 juin 1973
Statut: active


Outre l’hôtel particulier habité par Lucien D’Onofrio, Alalunga possède aussi trois immeubles de rapport, à Ans, habités par des proches de l’ex-vice-président du Standard. Delmenico est le gestionnaire d’Alalunga. C’est lui qui a par exemple introduit la demande de permis d’urbanisme pour la restauration du bâtiment rue Bonne Fortune. L’ancien réviseur du Standard, Henri Lafosse, dispose quant à lui du pouvoir de signature pour Alalunga en Belgique. En juin 2008, tous les biens d’Alalunga ont été placés sous saisie conservatoire pénale par le juge d’instruction liégeois Philippe Richard.


10 Kick International Agency B.V.
Domicile: Amsterdam, Pays-Bas
Création: 9 septembre 1996
Statut: active


La société IAM de Vaduz est l’actionnaire unique de Kick International depuis le 28 mai 1998. Soit trois jours après l’assemblée générale extraordinaire des actionnaires du Standard au cours de laquelle le sauvetage du club s’est négocié. Kick International investira près de 3,6 millions d’euros dans la SA Standard de Liège entre avril 1999 et juin 2002. Domiciliée à Amsterdam chez le géant de l’audit KPMG, elle détient 10% des parts de la SA Standard de Liège. Ces parts ont été saisies le 20 juin par la justice liégeoise à titre conservatoire. Soit juste avant les inculpations de D’Onofrio et Delmenico, et la vente à Roland Duchâtelet des parts du club détenues par Magarita Louis-Dreyfus, l’actionnaire principale.


Enquête menée avec le soutien du Fonds pour le journalisme en Communauté française, publiée dans Le Soir du lundi 27 juin 2011 (PDF)


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